Toute la semaine, les Sénégalais ont vécu avec une drôle de boule au ventre. Les calculs étaient devenus plus compliqués que les mathématiques du baccalauréat. Il fallait gagner, espérer, compter les buts, surveiller les autres résultats… Bref, chacun avait sorti sa propre calculatrice, son propre classement et sa propre théorie.
Dans les salons, les cafés, les « tanganas », les marchés, un seul sujet occupait les conversations : « Est-ce que les « Lions » vont passer ? ».
Les plus optimistes annonçaient une qualification certaine. Les plus prudents demandaient d’attendre le dernier coup de sifflet. Quant aux plus pessimistes… ils étaient déjà en train d’expliquer pourquoi il fallait préparer la prochaine Coupe du monde. Rires.
Et puis, comme seuls les « Lions » savent le faire lorsqu’ils sont acculés, ils ont répondu sur le terrain. Cinq buts à zéro ! Une démonstration. Une qualification pour les 16es de finale. En quelques minutes, le stress national s’est envolé.
Du coup, le couscous d’Achoura a retrouvé toute sa saveur.
Car il faut bien le reconnaître : manger du couscous avec une élimination prématurée en travers de la gorge, ce n’est pas la même chose. Même la meilleure viande paraît moins tendre quand le ballon refuse d’entrer dans les filets.
Heureusement, cette fois, « les Lions » ont pensé à notre digestion.
Les marmites, elles, continuent de résister. Depuis Achoura, elles alimentent les familles, les voisins, les cousins, les amis… et parfois même quelques visiteurs qui arrivent toujours au moment où l’on remet le couscous à chauffer. Ils jurent qu’ils sont venus uniquement parler football. Personne n’est dupe. Rires.
Le Sénégal est ainsi fait. Nous savons transformer une qualification en fête familiale, un match de football en débat national et un reste de couscous en véritable patrimoine culinaire.
Ce dimanche, les maisons sentiront à la fois le couscous réchauffé et l’optimisme retrouvé. Les enfants rejoueront les cinq buts dans les cours. Les parents referont le match en expliquant ce qu’ils auraient fait « à la place du coach ». Et chacun désignera déjà le onze idéal pour les 16es de finale.
Au fond, c’est cela le Sénégal que nous aimons : un pays capable de passer, en quelques heures, de l’angoisse à l’euphorie, du calcul des probabilités au calcul des parts de couscous.
Alors, savourons ce dimanche comme il se doit. Terminons les restes d’Achoura, félicitons nos « Lions » et profitons de cette parenthèse de bonheur.
Après tout, un couscous partagé est toujours meilleur… surtout lorsqu’il est accompagné d’une qualification.
Excellent dimanche à toutes et à tous ! Et que les « Lions » continuent de nous ouvrir l’appétit.