Par Mamadou Sèye
Les Jeux Olympiques de la Jeunesse approchent. À partir du 31 octobre, Dakar accueillera le premier événement olympique organisé sur le continent africain. Une immense fête sportive, mais aussi un rendez-vous national et international autour de la jeunesse.
Tout est donc réuni pour que le Sénégal offre au monde une image de rassemblement, d’hospitalité et de confiance.
Mais une question mérite d’être posée : quelle place sera réservée à Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et deuxième personnalité de l’Etat, lors de la cérémonie d’ouverture ?
La question n’est pas seulement protocolaire. Elle est politique, institutionnelle et surtout symbolique.
Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai dernier. Il n’est plus Premier ministre, certes, mais il est désormais à la tête de la deuxième institution de la République. Et cette fonction dépasse nécessairement sa personne, son parti et les relations politiques qu’il entretient avec le chef de l’Etat.
Un élément mérite d’ailleurs d’être rappelé clairement : depuis son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko n’a pas encore été félicité publiquement par le Président Bassirou Diomaye Faye en cette qualité. Cela fait partie du contexte politique dans lequel se prépare l’ouverture des JOJ.
Le contexte, chacun le connaît. Le tandem qui avait porté la victoire de 2024 appartient désormais au passé. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont pris des trajectoires institutionnelles différentes.
Mais les institutions de la République, elles, demeurent.
Le président de l’Assemblée nationale reste le président de l’Assemblée nationale.
Dès lors, si la cérémonie d’ouverture des JOJ doit être la grande fête du Sénégal, peut-on imaginer que l’une des principales institutions du pays n’y soit pas pleinement associée ?
La question mérite d’être posée.
D’autant que la venue annoncée d’Emmanuel Macron à Dakar, autour des 30 et 31 octobre, donnera à cette séquence une dimension diplomatique supplémentaire.
Mais les JOJ ne sont pas une cérémonie diplomatique.
Ils sont une fête populaire. Ils sont la fête de la jeunesse sénégalaise. Ils sont la fête de Dakar. Ils sont la fête du Sénégal et, au-delà, une première pour l’Afrique.
Alors une interrogation s’impose : si Ousmane Sonko n’était pas invité ou n’était pas associé à la cérémonie d’ouverture, cette absence pourrait-elle avoir des conséquences sur le caractère populaire de l’événement ?
La question est légitime.
Parce que le président de l’Assemblée nationale n’est pas seulement Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et président de PASTEF.
Il est la deuxième personnalité de l’Etat.
Et dans une République, les fonctions institutionnelles ne disparaissent pas derrière les divergences politiques.
Les JOJ pourraient justement offrir une formidable occasion de montrer que le Sénégal est capable de distinguer la compétition politique de l’intérêt national.
Pendant quelques jours, les rivalités peuvent s’effacer. Les divergences peuvent attendre. Les querelles politiques peuvent patienter.
La jeunesse, elle, doit être au centre.
Il serait dommage que la fête soit perçue à travers le prisme des rapports entre les deux hommes qui ont incarné la conquête du pouvoir en 2024.
Le Sénégal doit pouvoir accueillir le monde avec toutes ses institutions représentées et toutes ses composantes rassemblées.
La question n’est donc pas de savoir qui a raison ou qui a tort dans la séparation entre Diomaye et Sonko. La question est beaucoup plus simple : les JOJ doivent-ils être le moment d’une République rassemblée ?
Car une grande fête populaire ne se mesure pas seulement à la qualité de son organisation, à la beauté de ses cérémonies ou au nombre de délégations présentes.
Elle se mesure aussi à sa capacité à rassembler.
Et dans ce domaine, le Sénégal possède une responsabilité particulière : faire des JOJ un événement qui appartient à tous les Sénégalais, pas seulement au pouvoir du moment.
Le Président de la République aura naturellement son rôle central. Le gouvernement aura le sien. Les collectivités territoriales auront leur place. Le mouvement sportif sera au cœur de la manifestation.
Et le président de l’Assemblée nationale, deuxième personnalité de l’Etat, devrait naturellement être considéré dans cette architecture institutionnelle.
Quant à Emmanuel Macron, sa présence annoncée donnera certainement une visibilité internationale supplémentaire à l’événement.
Mais au milieu de tous ces invités, une chose devrait rester évidente : les JOJ sont d’abord la fête du Sénégal.
Une fête qui devrait dépasser les fractures politiques nées de la séparation entre Diomaye et Sonko.
Une fête qui devrait permettre à Dakar de montrer au monde autre chose que ses querelles.
Une fête où la jeunesse sénégalaise pourrait, l’espace de quelques jours, regarder l’avenir plutôt que les blessures du passé.
Alors, posons simplement la question :
Pour que Dakar célèbre pleinement, ne faudrait-il pas que toutes les grandes institutions de la République soient au rendez-vous ?