Laissez donc Sonko souffler !

Par Mamadou Sèye

Pendant des années, Ousmane Sonko a été au centre de tout. Dans l’opposition, il était accusé de tous les blocages. A la Primature, il était tenu pour responsable de tout ce qui allait mal. Aujourd’hui, il n’est plus Premier ministre, mais certains continuent à lui attribuer une responsabilité universelle.

Pourtant, les choses sont désormais claires.

Le Sénégal a un Président de la République. Le Sénégal a un Premier ministre. Le Sénégal a un gouvernement.

Dans sa déclaration d’hier, Sonko a expliqué que les divergences avec le chef de l’Etat étaient devenues telles que PASTEF ne voyait plus l’intérêt de participer à un gouvernement où le parti n’aurait, selon lui, aucun poids réel sur les orientations prises. Il a également estimé que ceux qui ont fait certains choix doivent désormais les assumer pleinement.

On peut être d’accord ou non avec cette position. Ce n’est pas le sujet.

La vraie question est ailleurs : maintenant qu’il n’est plus Premier ministre, pourquoi continue-t-on à vouloir lui faire porter ce qui relève désormais du Président, du Premier ministre et du gouvernement ?

Dans toute démocratie, lorsqu’un responsable quitte une fonction exécutive, l’attention se porte naturellement sur ceux qui gouvernent effectivement. C’est même le fondement de la responsabilité politique.

Le Président gouverne. Le Premier ministre conduit l’action gouvernementale. Les ministres sont comptables de leurs résultats.

Quant à Sonko, il est redevenu un acteur politique libre de ses prises de position.

Il y a même quelque chose d’amusant dans cette séquence. Ceux qui réclamaient hier son départ de la Primature semblent avoir du mal à accepter qu’il soit effectivement parti. Ils continuent à commenter chacun de ses mots, chacun de ses gestes, comme s’ils ne pouvaient plus penser la politique sénégalaise sans lui.

Après des années de combat politique, de procédures judiciaires, de campagnes électorales et de responsabilités gouvernementales, Ousmane Sonko a peut-être gagné un droit élémentaire :

le droit de souffler.

Et ses détracteurs aussi, d’ailleurs.

Car le Sénégal a désormais un Président et un Premier ministre. Il est peut-être temps de les regarder gouverner et de laisser Sonko respirer un peu.

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