L’hérésie d’une coalition fantôme

Par Mamadou Sèye

Il faut parfois savoir dire les choses simplement, même dans le fracas des passions politiques : la crise actuelle autour de la coalition “Diomlaye Président” est une hérésie. Ni stratégique, ni nécessaire, encore moins légitime, elle ressemble à une querelle sans objet née d’un attachement sentimental à une structure dont la mission est achevée.

Car enfin, la coalition “Diomlaye Président” était un instrument électoral, pas une institution politique. Elle a joué son rôle avec efficacité, porté un homme, une équipe, une idée au pouvoir. Mais depuis le soir de la victoire, le cycle a changé. Le peuple sénégalais, souverain, a tranché. Le Président Bassirou Diomaye Faye dispose désormais d’une légitimité pleine et entière, adossée à un parti — le PASTEF — qui détient une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Il a son décret, sa majorité, son programme. Diantre ! Pourquoi alors s’embarquer dans une crise totalement provoquée, quand le pays attend des réponses, non des palabres ?

La coalition aurait dû mourir de sa belle mort le lendemain de la proclamation des résultats. Tout ce qui vient après tient de la nostalgie militante ou de la confusion des rôles. Le pouvoir ne se gouverne pas avec les vestiges d’une campagne. Il se gouverne avec une vision, une équipe resserrée et une méthode claire. Le Président, lui, n’est plus dans la conquête. Il est dans l’action, dans la traduction concrète des promesses faites aux Sénégalais.

Ce glissement du “moment électoral” au “moment gouvernemental” n’est pas un détail : il marque la frontière entre le militantisme et la responsabilité d’Etat. Le premier repose sur la ferveur, la mobilisation, la rhétorique. Le second exige la cohérence, la discipline et le silence utile de ceux qui construisent. Dans toute démocratie mature, la coalition de campagne se dissout naturellement dès lors que les institutions se mettent en place. La France, les États-Unis, ou même les expériences africaines récentes le démontrent : maintenir un organe électoral après la victoire, c’est comme vouloir prolonger un accouchement après la naissance.

Les théoriciens du pouvoir — de Machiavel à Max Weber — l’ont montré : la légitimité du gouvernant naît du contrat entre le peuple et les institutions, non entre le peuple et une coalition passagère. Le Président Diomaye Faye a reçu son mandat du peuple, pas d’un cartel électoral. Ce mandat, il l’exerce dans le cadre républicain, avec une majorité parlementaire qui lui est acquise. La coalition, quant à elle, ne saurait se substituer ni au parti, ni au gouvernement, ni à l’Etat.

Derrière cette crise, il y a en réalité un malaise d’acteurs politiques en quête de visibilité. Certains peinent à accepter que le temps de la lumière soit passé, que l’histoire avance, que la victoire a redistribué les cartes. L’exercice du pouvoir n’est pas la prolongation de la campagne : c’est une autre saison, d’autres règles, d’autres hommes parfois. Et c’est dans la gestion de cette transition que se mesure la maturité politique d’une majorité.

Le Sénégal, pour sa part, n’a pas besoin de conflits artificiels. Le pays sort d’une séquence historique intense : alternance démocratique, espoir populaire, renouveau générationnel. Ce capital symbolique ne doit pas être dilapidé dans des batailles d’égo ou des rivalités d’appareils. Le peuple a accordé sa confiance à un projet clair : refonder la gouvernance, moraliser la vie publique, restaurer la souveraineté nationale et alléger le quotidien des citoyens. Voilà le véritable agenda. Voilà ce que l’Histoire retiendra.

Pendant que certains s’épuisent à défendre des structures vidées de sens, le monde avance, les urgences s’accumulent. L’économie souffre, les attentes sociales s’expriment avec vigueur, la diplomatie exige constance et sang-froid. C’est là que se joue la légitimité du Président Diomaye Faye : dans sa capacité à traduire en actes ce qu’il a promis — non dans sa patience face à des querelles intestines.

La politique ne peut être une succession d’échauffourées internes. Elle doit redevenir ce qu’elle aurait toujours dû être : un instrument de service public. Il faut que chacun, au sein de la majorité présidentielle, se rappelle pourquoi il s’est battu : non pour une place, mais pour un idéal. Le peuple sénégalais n’a pas voté pour des structures, il a voté pour un projet.

C’est pourquoi il est temps d’en finir avec les illusions. La coalition “Diomlaye Président” appartient à l’histoire, pas à l’actualité. Son maintien artificiel ne peut que fragiliser la dynamique du changement. Le Président a besoin de clarté, de sérénité, d’unité disciplinée. Les partis, eux, doivent travailler à consolider leurs bases, former leurs cadres, irriguer le terrain. La cohérence politique naît toujours de la clarté organisationnelle.

En vérité, la crise n’est pas politique : elle est psychologique. Certains refusent de reconnaître que le pouvoir, désormais, est entre les mains d’un homme élu et légitimé. Le rôle de chacun devrait être de l’accompagner dans la réussite du mandat populaire, non de réinventer des structures d’intermédiation devenues caduques.

La véritable bataille se joue ailleurs : dans la fidélité aux promesses, dans la rigueur de la gestion, dans la lutte contre la corruption, dans la défense du bien commun. C’est là qu’un régime se forge ou se perd. Les Sénégalais n’attendent pas qu’on leur parle de coalition ; ils veulent voir des résultats, des réformes, des ruptures concrètes.

En politique comme en philosophie, la vie n’admet pas le vide : si le gouvernement n’occupe pas le terrain de l’action, les querelles inutiles s’y installent. Il appartient donc au Président et à sa majorité d’imposer l’agenda du travail, non celui de la diversion. Car une révolution politique n’a de sens que si elle se transforme en révolution de gouvernance.

Oui, la coalition “Diomlaye Président” fut utile. Mais elle appartient désormais au passé. Le présent, lui, s’appelle action, cohérence, et responsabilité.

Le reste n’est que bruit.

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