Opposants à Sonko : maintenant, place à un peu de dignité

Par Mamadou Sèye

A un moment donné, il faut savoir reconnaître les faits. Non par sympathie politique, mais simplement par respect pour la réalité.

Depuis plusieurs semaines, une partie de l’opposition semble engagée dans une bataille contre l’évidence. Ousmane Sonko a été limogé de son poste de Premier ministre. Pour ses adversaires les plus irréductibles, ce devait être le début de la fin. Certains annonçaient déjà son effacement progressif de la scène politique. Seulement voilà : la politique a parfois le mauvais goût de rappeler les faits à ceux qui préfèrent les fantasmes.

Car Sonko demeure incontestablement le chef de la majorité qui gouverne aujourd’hui le Sénégal. Il demeure l’homme qui a porté la dynamique politique ayant conduit à l’élection du Président de la République. Après son départ de la Primature, il a retrouvé son siège de député avant d’être élu Président de l’Assemblée nationale. Une séquence institutionnelle parfaitement normale dans une démocratie.

Pourtant, certains semblent vivre cet épisode comme une tragédie nationale. L’élection s’est déroulée dans les règles de l’art. Les procédures ont été respectées, les résultats proclamés et aucun recours n’a été déposé. Malgré cela, les mêmes voix continuent d’appeler le Président de la République à « prendre ses responsabilités ».

Mais lesquelles ?

Veut-on remettre en cause une élection régulière parce que son résultat dérange ? Veut-on installer l’idée selon laquelle les institutions ne seraient légitimes que lorsqu’elles produisent les résultats souhaités par certains ? Une démocratie sérieuse ne fonctionne pas ainsi. On ne peut pas invoquer l’État de droit le matin et réclamer son contournement l’après-midi.

Le plus remarquable est que Sonko lui-même a adopté une attitude républicaine. La passation de service avec son successeur à la Primature s’est déroulée dans le calme. Il a clairement indiqué qu’il n’utiliserait pas sa nouvelle position pour régler des comptes personnels. En revanche, il a annoncé que l’Assemblée nationale exercerait pleinement son rôle de contrôle. Mais n’est-ce pas précisément la mission d’un Parlement digne de ce nom ?

Où est donc le problème ?

Le problème est peut-être que certains ne supportent plus de voir Sonko occuper une position institutionnelle majeure. Ils avaient rêvé d’une disparition politique. Ils assistent à un redéploiement politique. Ils avaient imaginé une marginalisation. Ils découvrent une consolidation.

Pourtant, dans une démocratie, lorsqu’on ne souhaite pas voir un homme politique accéder aux responsabilités, la méthode est connue : convaincre les citoyens et gagner les élections. Pas les combines. Pas les raccourcis. Pas les campagnes de délégitimation permanentes. La seule réponse démocratique s’appelle les urnes.

Il faut d’ailleurs reconnaître que la période à venir risque d’être difficile pour ses adversaires. Pendant que le parti de Sonko se prépare à un congrès qui s’annonce historique et qui devrait consacrer davantage encore son leadership, nombre de ses opposants semblent enfermés dans une agitation numérique permanente, multipliant les publications Facebook, les déclarations sans portée et les indignations répétitives.

Au fond, toute cette affaire révèle moins un problème institutionnel qu’un problème d’acceptation de la réalité politique. On peut être opposé à Sonko. On peut combattre son projet. On peut critiquer ses choix. C’est même le droit le plus absolu dans une démocratie. Mais lorsqu’un adversaire gagne selon les règles établies, la première exigence démocratique consiste à l’accepter.

Avec lucidité.

Avec maturité.

Et surtout avec dignité.

Car à ce stade, ce n’est plus Sonko qui est à l’épreuve. C’est la capacité de certains de ses adversaires à accepter une réalité politique qui leur déplaît.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *