Par Mamadou Sèye
La réintégration des neuf agents licenciés de la SN HLM est une excellente nouvelle. Elle met fin à une période d’angoisse pour les travailleurs concernés et leurs familles, tout en permettant de rétablir un climat social qui s’était dangereusement dégradé.
Mais cette décision ne doit pas faire oublier l’essentiel : cette crise n’aurait jamais dû exister.
Comment comprendre qu’un directeur général procède au licenciement de neuf agents titulaires d’un CDI pour motif économique, tout en lançant simultanément le recrutement de huit nouveaux agents ? Comment justifier qu’une procédure aussi lourde soit engagée sans que les représentants du personnel et l’Inspection du travail ne soient associés conformément aux règles qui encadrent ce type de licenciement ?
Le résultat, les Sénégalais l’ont vu : une entreprise plongée dans le tumulte, des travailleurs révoltés, des familles inquiètes, un Conseil d’administration obligé d’intervenir et, finalement, le Premier ministre lui-même contraint de jouer les médiateurs dans un dossier qui relevait d’abord d’une bonne gouvernance interne.
Nous l’avions dit dès le départ : cette affaire portait la marque d’un excès de zèle. Un dirigeant n’est pas seulement investi d’un pouvoir de décision ; il est aussi dépositaire d’une responsabilité. L’autorité ne se mesure pas à la brutalité des décisions, mais à leur pertinence, à leur légalité et à leur capacité à préserver la stabilité de l’institution.
Aujourd’hui, les agents sont réintégrés et les recrutements suspendus. C’est le triomphe du dialogue sur la précipitation. Tant mieux.
Reste toutefois une question de principe. Lorsqu’un dirigeant prend une décision aussi lourde, provoque une crise sociale majeure, avant d’être désavoué par son propre Conseil d’administration et de devoir revenir entièrement sur sa position, il lui appartient d’en tirer les conséquences.
Ce n’est ni une attaque personnelle ni un procès d’intention. C’est une exigence de responsabilité. Dans toutes les grandes démocraties administratives, la crédibilité d’une fonction repose aussi sur la capacité de son titulaire à assumer les conséquences de ses actes.
La dignité d’une fonction ne réside pas seulement dans le fait d’occuper un poste ; elle réside aussi dans le courage de reconnaître qu’une erreur a été commise et d’en assumer les implications. C’est cela, au fond, le véritable sens du service public.