Par mamadou Sèye
Il faut parfois savoir appeler les choses par leur nom. Et ce qui vient de se produire avec la sortie de Thierno Bocoum contre la Journée des martyrs organisée par PASTEF n’est ni une divergence idéologique, ni un débat politique noble. C’est une provocation sans profondeur, une parole en rupture totale avec la gravité du moment, et surtout une prise de position sans aucune légitimité populaire.
Qualifier de “manipulation” une journée dédiée à des Sénégalais tombés sous la répression politique, c’est franchir une ligne rouge. Ce ne sont pas des concepts qu’on commémore, ce sont des vies brisées, des jeunes fauchés, des familles détruites, des destins stoppés net. La Journée des martyrs n’est pas un slogan, encore moins un outil de marketing politique. Elle est l’expression d’un deuil national non soldé.
On peut être contre PASTEF. On peut combattre Ousmane Sonko. Ce droit, personne ne le lui conteste. Mais ce droit ne donne pas licence pour nier le sang versé, pour relativiser la douleur, ni pour travestir une mémoire collective en manœuvre politicienne.
Et il faut le dire clairement, sans détour : chez Thierno Bocoum, on ne murmure rien — tout le monde sait qu’il n’a pas de militants. Il ne s’appuie sur aucune force populaire identifiable. On ne voit ni implantation territoriale, ni dynamique de base, ni capacité de mobilisation. Seulement une présence médiatique faite de commentaires, très souvent dirigés vers les combats des autres.
Or, un fait demeure implacable : qu’on aime ou non Ousmane Sonko, qu’on adhère ou non à PASTEF, ce sont eux qui mobilisent, eux qui remplissent les places, eux qui structurent les colères, eux qui portent aujourd’hui une mémoire politique encore brûlante. Cela s’est vu, encore une fois, lors de cette Journée des martyrs, dans la ferveur, dans la discipline, dans l’émotion collective.
Face à cela, parler de “manipulation” sonne comme une fuite : la fuite devant la réalité du terrain, la fuite devant l’incapacité à produire un rapport de force comparable, la fuite devant l’effacement politique.
Le drame de certaines trajectoires politiques, c’est de vouloir exister non pas par un projet, non pas par une vision, non pas par des bataillons de militants, mais par une opposition systématique à celui qui polarise tout. C’est une stratégie de l’ombre : on espère capter un peu de lumière en attaquant celui qui brille. Mais à ce jeu, on finit souvent par révéler surtout… son propre vide.
Le Sénégal traverse une période lourde, chargée de tensions, de mémoires douloureuses, d’attentes énormes. Ce moment exige plus que des postures. Il exige du sérieux, de la retenue, du sens de l’Histoire. Ceux qui n’ont ni martyrs, ni foules, ni base militante devraient au moins respecter celles des autres.
Car on ne joue pas avec les morts.
Et on ne construit pas un avenir politique en piétinant la mémoire des victimes.