Quand l’arène devient cloaque : que vaut encore le plateau de TFM ?

Par Mamadou Sèye

Quand l’arène devient cloaque, il ne reste plus qu’à se retirer. Ce que donne à voir aujourd’hui une certaine tranche d’antenne de la TFM n’a plus rien à voir avec le débat démocratique, l’échange d’idées ou la critique journalistique. C’est un exercice ritualisé de l’outrage, un théâtre où l’on travestit l’analyse pour mieux insulter, où l’on substitue à la confrontation argumentée une volonté manifeste de disqualification symbolique ciblée. Le Premier ministre Ousmane Sonko, devenu figure centrale de ce rituel de dénigrement, est traité avec une constance dans le mépris qui ne relève plus du simple parti-pris éditorial, mais d’une stratégie organisée, tolérée, cautionnée.

Il faut nommer les choses : cette situation n’est pas fortuite. Elle est le produit d’un écosystème médiatique dont Youssou Ndour est à la fois le promoteur et le garant silencieux. Il ne s’agit pas d’un chroniqueur isolé. Il ne s’agit pas d’un accident de parcours. Il s’agit d’un cadre construit, d’un dispositif parfaitement huilé, où l’on déroule semaine après semaine un fil narratif visant à délégitimer les nouvelles autorités, à commencer par leur chef de gouvernement. C’est là que l’illusion de neutralité vole en éclats. Car ce que l’on tolère, on le valide. Ce que l’on répète, on l’institutionnalise.

Face à cette entreprise, la réponse ne peut plus être une simple protestation. Elle doit être stratégique. Il faut assécher la source. Il faut cesser de légitimer, par une présence même symbolique, un espace qui a fait le choix de l’hostilité permanente. Aucun responsable, aucun cadre, aucun militant ne devrait désormais accepter de monter sur ce plateau, tant que celui qui le pilote n’aura pas pris la parole pour condamner fermement les dérives, garantir un droit de réponse équitable, et restaurer les bases minimales d’un traitement digne.

Cette position, que d’aucuns jugeraient radicale, vient pourtant de recevoir une validation éclatante et officielle. Car le CNRA, ce 7 juillet 2025, a mis en demeure la TFM pour des propos tenus sur ce même plateau, jugés durs, dégradants et parfois sexuellement explicites. Le régulateur, qui avait déjà alerté la chaîne à deux reprises au cours des derniers mois, constate aujourd’hui que les avertissements sont restés lettre morte. Il évoque des manquements répétés à la loi, au code de la presse, aux obligations de service public. Et prévient : à ce rythme, la sanction pourra aller jusqu’à la suspension pure et simple de la chaîne ou de ses émissions incriminées.

Ce n’est donc plus seulement une question d’éthique ou d’élégance. C’est une question de légalité. Ce n’est plus seulement une indignation politique ou partisane. C’est un fait institutionnel. Le régulateur lui-même reconnaît que ce qui se joue là dépasse la liberté d’opinion : il s’agit d’un usage dévoyé de l’espace médiatique, incompatible avec les principes les plus élémentaires de la démocratie pluraliste. La parole télévisuelle a des règles. Elle suppose des responsabilités. Elle engage non seulement les chroniqueurs, mais aussi ceux qui les produisent, les protègent, les financent.

En mettant en demeure la TFM, le CNRA confirme ce que les citoyens lucides avaient déjà compris : cette chaîne, dans ses déclinaisons les plus virulentes, n’est plus un acteur du débat, mais un acteur du combat, au service d’une revanche confuse, nourrie d’amertume et de règlements de comptes.

Alors oui, le retrait s’impose. Il n’est pas un aveu de faiblesse. Il est un acte de clarté. On ne dialogue pas avec l’injure. On ne s’expose pas à la vindicte comme s’il s’agissait d’un exercice civique. On ne se prête pas au jeu de ceux qui dès l’invitation ont déjà programmé le lynchage. Il faut savoir opposer au tumulte la distance. A la haine, le mépris. Et à la provocation, le silence stratégique.

Le respect ne se négocie pas. Il se défend. Et s’il faut pour cela claquer des portes, éteindre des micros, détourner les regards, alors qu’il en soit ainsi.

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