Sonko par-ci, Sonko par-là : quand l’obsession devient une prison

Par Mamadou Sèye

Il y a dans la scène politique sénégalaise des moments où l’on se dit que Freud, Jung ou Lacan auraient dû installer leur divan directement au cœur de la République. Ce qui se passe autour du nom d’Ousmane Sonko relève moins de l’analyse politique que d’un cas d’école pour la psychanalyse : l’obsession, le transfert, le refoulement et, en bout de course, l’hallucination. La dernière trouvaille en date illustre parfaitement ce mécanisme : une journaliste connue pour son aversion maladive contre Sonko a cru bon de prêter au Président Bassirou Diomaye Faye des propos qu’il n’a pas tenus : « C’est Dieu qui a décidé de faire de moi le Président ». Une affirmation rapportée avec une intention claire : faire croire que Diomaye aurait tenu ces mots comme une manière de se libérer de Sonko, ou même de minimiser son rôle. Une pure affabulation qui vise à créer une fracture imaginaire là où il n’y a que cohérence et complicité. Voilà où nous en sommes : Sonko hante tellement certains esprits qu’ils entendent son nom jusque dans une phrase qui n’a rien à voir avec lui. Le phénomène dépasse la politique pour entrer dans la clinique. Il s’agit là d’un symptôme de fixation. Dans leur inconscient, Sonko est devenu le père symbolique : on le rejette, on le hait, on le redoute, mais on ne peut s’en détacher. Il vit en eux, malgré eux, dans chaque mot qu’ils prononcent. Ils passent leur temps à l’évoquer pour tenter d’exorciser une présence qui, paradoxalement, ne fait que s’amplifier. Ce matin, au Grand Théâtre, avant même que le spectacle officiel ne commence, chacun pourra observer cette comédie involontaire : les visages qui se durcissent, les regards qui cherchent Sonko dans chaque recoin, la crispation soudaine dès que son nom sera prononcé ou même simplement évoqué par un détour. Ce théâtre-là précédera celui qu’on a programmé sur scène. Il faudra le voir pour comprendre. La vérité est qu’en se livrant à ces manœuvres, les détracteurs de Sonko révèlent ce qu’ils voudraient cacher : une incapacité à exister par eux-mêmes. Leur discours, leur imaginaire, leur agenda entier se structurent autour d’un homme qu’ils prétendent combattre. La haine devient une béquille : ils marchent grâce à elle, mais elle finit par les déformer. Ce n’est pas de la politique, c’est une relation de dépendance. Ils vivent contre Sonko et finissent par ne vivre que pour Sonko. Ce qu’ils n’arrivent pas à admettre, c’est que Sonko, par sa trajectoire, a introduit une rupture que rien ne pourra effacer : il a montré qu’une autre voie est possible, que les rapports de force établis ne sont pas éternels. Et cette seule démonstration a brisé une tranquillité qu’ils croyaient acquise à vie. Depuis, ils n’ont plus d’air. Alors ils inventent des bagarres au Palais, des phrases sorties de leur imagination, des scènes de jalousie qui n’existent que dans leur propre frustration. Leur problème, ce n’est pas Sonko ; leur problème, c’est eux-mêmes et cette peur qu’ils n’osent nommer : celle de disparaître du paysage dès lors que le vieux logiciel ne fonctionne plus. En attribuant ces mots au Président, ils ne rendent service ni à Diomaye ni au pays : ils trahissent seulement leur panique devant une complicité qui dure et qui leur coupe la voix. Et si l’on devait donner un conseil à ceux qui se perdent dans cette spirale : sortez du divan, respirez, allez chercher des idées plutôt que des fantasmes, car la haine et la rancune ne suffisent pas à faire une politique. Ce matin, au Grand Théâtre, le pays aura l’occasion d’en prendre la mesure : ce qui se jouera sur scène sera important, mais ce qui se lira dans les regards de ceux qui vivent de cette obsession le sera encore davantage.


Un commentaire sur « Sonko par-ci, Sonko par-là : quand l’obsession devient une prison »

  1. Merci pour cette brillante analyse. Sonko a produit chez certains,une haine bestiale, affirmée,affichée incompréhensible. Qu’est ce qu’il a bien pu leur faire ?
    Sur plusieurs sites, on titrait : « Sonko attaque le FMI  » ou du genre. C’est tout ce qui est retenu de son message… derrière ya que de la méchanceté

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