Détente-Petit manuel de l’opposant parfait

Par Mamadou Sèye

Un bon opposant ne reconnaît jamais une avancée du pouvoir : il la qualifie de poudre aux yeux, même si c’est du béton armé. La mauvaise foi est sa vitamine quotidienne. Il ne boit pas du café le matin, il boit de la contestation. Toujours annoncer un “grand rassemblement historique” : peu importe si seuls les bancs en plastique applaudissent, l’essentiel est de cadrer serré sur la photo et de titrer : “La mobilisation était au rendez-vous”. Ne jamais trop détailler son programme : plus il est flou, plus il brille. Un programme trop clair attire les critiques comme un sucre attire les fourmis. Promettre la transparence, mais garder ses financements dans un brouillard digne des plus belles matinées londoniennes. Critiquer les voyages du Chef de l’Etat ou du Premier ministre , les traiter de gaspillage, tout en rêvant du même fauteuil business class, plateau-repas inclus. Expliquer chaque défaite par la fraude, jamais par une erreur stratégique : un opposant n’échoue pas, il est victime d’un complot. Changer d’alliance comme on change de chemise, mais toujours dire que c’est “pour le peuple”. Faire des discours enflammés sur la jeunesse et le renouveau, mais placer au premier rang des meetings les mêmes visages qui avaient déjà applaudi Senghor. Parler de démocratie participative, mais décider tout seul, entre deux coups de fil aux sponsors. Multiplier les promesses irréalisables : ponts là où il n’y a pas d’eau, métro là où il n’y a même pas de trottoirs. Ne jamais rater une conférence de presse, même pour commenter la pluie et le beau temps : il faut exister médiatiquement, quitte à se fâcher avec les bulletins météo. Et surtout, ne jamais oublier : le but n’est pas toujours de gagner aujourd’hui… mais de rester le “favori de demain”, ce poste très confortable où l’on promet tout, on critique tout, et on attend que le pouvoir tombe comme un fruit mûr. Bonus humour : Le kit de survie express de l’opposant moderne — toujours garder une « expression de victime noble » au moindre micro, maîtriser l’art du « non-réponse » quand la question dérange, s’entraîner à manier la phrase creuse du type « Nous avons noté avec attention… », ne jamais oublier de remercier « le peuple souverain » dans chaque discours, même si c’est pour annoncer un rassemblement annulé, cultiver la colère sélective : très en colère contre le pouvoir, très calme avec ses sponsors, savoir improviser un slogan en 5 secondes quand le précédent est déjà oublié.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *