Anthologie d’indignation : Assez, trop c’est trop !

Par Mamadou Sèye

Chaque matin, une nouvelle gifle. Chaque matin, le peuple découvre avec stupeur que l’argent public, censé bâtir des écoles, équiper des hôpitaux, goudronner des routes, est parti dans les poches de quelques prédateurs qui ont transformé l’Etat en mangeoire privée. La prédation économique est devenue un système, une organisation, une mécanique du pillage. Les milliards défilaient comme des jouets entre les mains de rapaces repus, pendant que le peuple s’enfonçait dans la misère.

Aujourd’hui, les révélations s’accumulent. La gabegie financière, les surfacturations, les contrats truqués, les dettes dissimulées, tout est en train de sortir au grand jour. Le parquet financier est à l’œuvre, les convocations se succèdent, les auditions s’enchaînent. Le peuple observe, inquiet mais déterminé, car il sait que l’enjeu dépasse les individus convoqués : il s’agit du destin même de la République.

Nous y reviendrons en détail, pour rafraîchir la mémoire des Sénégalais et éviter la banalisation. Car c’est cela le danger : à force de scandales, l’opinion risque de s’habituer, de considérer le vol de milliards comme une fatalité. Non, il ne faut pas que la mémoire populaire se brouille. Chaque scandale doit rester gravé comme une offense faite à la Nation, comme un acte de trahison contre le peuple.

Chaque franc volé est une blessure

Ces milliards détournés ne sont pas des chiffres abstraits. Ils sont des vies brisées, des enfants condamnés à apprendre dans des classes délabrées, des malades privés de soins faute de matériel, des familles plongées dans la misère. Chaque franc volé est une goutte de sang arrachée au peuple. Voilà pourquoi l’indignation ne doit pas retomber. Voilà pourquoi la colère doit rester intacte.

Justice ou chaos

La justice n’a plus le droit d’hésiter. Le temps des complaisances, des arrangements de couloir, des deals obscurs est révolu. Le peuple exige des sanctions exemplaires. Que l’argent volé soit restitué. Que les coupables soient châtiés à la hauteur de leurs crimes. Que plus jamais un responsable n’ose croire que détourner les biens publics est un jeu sans conséquences.

La vérité est simple et brutale : si l’on ne brise pas aujourd’hui le cercle vicieux de l’impunité, le Sénégal sera dévoré vivant par ses propres enfants ingrats. La corruption n’est pas une simple faute morale, c’est un poison mortel qui ronge la nation de l’intérieur. Et ce poison a trop circulé.

La dignité nationale en jeu

Le peuple doit rester debout. Pas seulement pour observer, mais pour exiger, réclamer, imposer la transparence. Car il n’y a pas de neutralité possible : ou bien l’on se tient du côté de la justice, ou bien l’on se range avec les voleurs de la République. C’est une question de dignité nationale, une question de survie collective.

Frantz Fanon avait averti que « la bourgeoisie nationale » en Afrique risquait de devenir une bourgeoisie de prédation, s’emparant de l’Etat comme d’un butin. Cheikh Anta Diop nous avait rappelé que la souveraineté d’un peuple commence par la maîtrise de ses ressources. Et Marx lui-même écrivait que l’histoire de l’humanité est d’abord l’histoire des rapports de spoliation et d’exploitation. Nous y sommes : cette tragédie théorisée est devenue notre quotidien.

Assez ! Trop, c’est trop !

Nous sommes à la croisée des chemins. Soit on laisse ces prédateurs continuer à déchirer le tissu social, à vider les caisses, à vendre illusions et promesses, pendant que les femmes, les vieillards, les enfants subissent la misère. Soit on dit NON. Non à la corruption institutionnalisée. Non à l’impunité. Non au vol de l’avenir.

Le moment est venu d’écrire une nouvelle page. Mais elle ne se tournera pas avec des demi-mesures. Elle ne s’écrira pas avec des compromis. Elle s’imposera par la vérité, la justice, et la volonté inébranlable du peuple de dire enfin : assez, trop c’est trop.


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