Boycott : l’opposition choisit la fuite plutôt que le combat

Par Mamadou Sèye

L’opposition parlementaire a annoncé son boycott de la séance de questions d’actualité avec le Premier ministre, mais son communiqué justifiant cette décision révèle surtout une formation à court d’arguments. Les griefs avancés — calendrier, solennité, temps de parole, « dérive communicationnelle » — sonnent plus comme des prétextes que comme une défense de l’institution parlementaire. On ne peut pas prétendre assurer le contrôle démocratique en désertant l’un des rares moments permettant d’interpeller directement le chef du gouvernement. L’opposition affirme que le Premier ministre « convoque » les députés selon son propre agenda. C’est factuellement faux et politiquement maladroit. Le calendrier parlementaire n’a jamais été conçu comme un instrument à la main du Premier ministre, et personne ne peut sérieusement défendre cette thèse sans travestir la réalité. Accuser ensuite une « limitation arbitraire » du nombre de questions ou un déséquilibre dans le temps de parole relève davantage de l’embarras que d’un combat de principes. Depuis toujours, les majorités bénéficient d’un avantage dans la répartition du temps, et jamais cela n’avait constitué un motif de retrait. Derrière la protestation de façade, on devine surtout une réticence à affronter un Premier ministre dont l’énergie politique occupe l’espace. L’opposition dénonce encore la transformation supposée de l’hémicycle en « meeting politique ». Mais un Parlement vit de la confrontation et de la contradiction : vouloir un débat sans tension, c’est vouloir la politique sans politique. Une opposition qui redoute la confrontation ne s’oppose pas : elle s’efface. Ce boycott prend un relief particulier dans un contexte où beaucoup espéraient, ou imaginaient, des tensions entre le Président de la République et son Premier ministre. Or le voyage du Premier ministre aux Emirats, présenté comme une occasion de crise, a montré l’exact contraire : aucune friction publique, aucune allusion en Conseil des ministres, et une communication parfaitement fluide entre les deux têtes de l’exécutif. Les guetteurs de brouille devront revoir leur copie. Privée de l’angle d’attaque qu’aurait constitué une discorde interne au pouvoir, l’opposition semble chercher une sortie de scène honorable. Elle se retrouve désorientée face à un PASTEF devenu sa propre force critique, se corrigeant, s’ajustant et occupant tout le champ du débat. Boycotter devient alors l’ultime refuge d’une opposition qui ne sait plus où se situer. A la veille de la session budgétaire, elle affirme vouloir se consacrer aux préoccupations des Sénégalais, mais refuse précisément l’espace où ces préoccupations auraient pu être portées. On ne peut pas réclamer la voix du peuple quand on refuse de prendre la sienne. Ce boycott n’a donc rien d’un sursaut républicain : c’est une échappatoire, un geste d’impuissance déguisé en indignation institutionnelle, et l’opposition devra désormais assumer ce vide stratégique.

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