ONU : le soutien à Macky Sall révèle surtout les difficultés politiques de Diomaye

Par Mamadou Sèye

L’audience accordée, le 17 juillet dernier, par le président Bassirou Diomaye Faye à son prédécesseur Macky Sall avait laissé une impression étrange.

Le communiqué de la Présidence s’était limité à indiquer que l’ancien chef de l’Etat avait informé, de vive voix, le Président de sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies et qu’il le tiendrait informé de l’évolution de cette démarche. Aucune annonce de soutien, aucune déclaration commune, aucun signe d’un engagement officiel.

Plus intrigant encore, Macky Sall lui-même n’avait fait aucune allusion à cette audience. Lui qui, tout au long de sa campagne diplomatique, a largement communiqué sur les soutiens reçus, s’était contenté de publier les images de son accueil au Sénégal avec un simple mot : « Merci. » Ce silence avait été largement relevé sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, tout s’éclaire.

Macky Sall remercie officiellement le président Bassirou Diomaye Faye et, dans le même temps, la Présidence de la République annonce le soutien officiel du Sénégal à sa candidature. Une séquence qui donne le sentiment qu’il a fallu plusieurs jours pour rendre publique une décision dont chacun mesurait la portée politique.

Au-delà de l’aspect diplomatique, cette affaire possède une forte dimension intérieure.

Il est d’ailleurs permis de s’interroger sur les chances réelles de cette candidature. Macky Sall est notamment accompagné dans cette démarche par l’ancien Président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, dont le rôle lors de la crise politique en Guinée-Bissau ( coup d’Etat bsimulé) a suscité de nombreuses controverses. Ce contexte international nourrit les interrogations de nombreux observateurs sur les équilibres autour de cette candidature.

Mais l’essentiel est peut-être ailleurs.

En apportant officiellement son soutien à son prédécesseur, Bassirou Diomaye Faye intervient au moment où lui-même traverse une période politiquement délicate.

L’Association des victimes de la répression sous le régime de Macky Sall a récemment refusé de le rencontrer, signe d’un malaise réel. Dans le même temps, son projet de création d’un nouveau parti politique peine à prendre son envol. Hier encore, Aminata Touré annonçait le report du lancement prévu le 8 août à Dakar Arena, invoquant la saison des pluies, un argument qui a suscité de nombreux commentaires.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que cette même Aminata Touré avait exclu Bougar Diouf de la coalition Diomaye Président pour avoir affiché son soutien à la candidature de Macky Sall. Quelques semaines plus tard, c’est cette même coalition qui accompagne désormais le soutien officiel de l’Etat sénégalais à cette candidature. L’ironie politique est manifeste.

Cette succession d’événements laisse apparaître deux dynamiques opposées.

D’un côté, Macky Sall continue d’occuper le terrain. Il revient au Sénégal sans difficulté, bénéficie désormais du soutien officiel de l’Etat et demeure un acteur majeur du jeu politique national. Qu’il soit élu ou non à la tête des Nations unies, il conserve une capacité d’initiative que peu d’anciens chefs d’Etat possèdent.

De l’autre, le Président Bassirou Diomaye Faye donne le sentiment d’évoluer dans un rapport de forces qu’il maîtrise difficilement. Depuis sa rupture avec PASTEF, il cherche à construire sa propre assise politique, mais les reports successifs du lancement de son parti, la difficulté à fédérer de nouveaux soutiens et certaines décisions politiquement coûteuses nourrissent l’idée qu’il subit davantage les événements qu’il ne les commande.

Le soutien officiel apporté aujourd’hui à Macky Sall illustre cette impression. Il peut être interprété comme un choix dicté par des contraintes politiques autant que diplomatiques. En voulant ouvrir un nouveau chemin sans pouvoir compter sur PASTEF, Bassirou Diomaye Faye s’est engagé dans une bataille dont les rapports de force lui sont, pour l’heure, peu favorables.

En politique, les erreurs ne sont pas toujours fatales. Elles le deviennent lorsqu’elles conduisent un dirigeant à perdre l’initiative. C’est précisément l’impression que laisse aujourd’hui cette séquence : Macky Sall donne le sentiment de reprendre la main, tandis que Bassirou Diomaye Faye apparaît en position de réaction plutôt que d’impulsion.

Si cette tendance se confirmait, la candidature de Macky Sall à l’ONU n’aurait finalement été qu’un révélateur. Le véritable enjeu serait alors ailleurs : la difficulté croissante du président Diomaye Faye à imposer son propre tempo politique dans un paysage où ses adversaires, mais aussi ses anciens alliés, semblent avoir compris que l’initiative lui échappe de plus en plus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *