Le lancement de Kiiray, la nouvelle formation politique initiée par le président Bassirou Diomaye Faye, marque un tournant dans le paysage politique sénégalais. Au-delà de la naissance d’un nouveau parti, c’est la posture même du chef de l’Etat qui se retrouve au cœur du débat.
En accédant à la magistrature suprême, le Président avait donné le sentiment de vouloir exercer une fonction de rassemblement, au-dessus des clivages partisans. Beaucoup voyaient en lui un arbitre, garant des institutions et de l’intérêt général.
Avec la création de Kiiray, le chef de l’Etat assume désormais une implication plus directe dans l’organisation et la structuration d’une offre politique qui lui est propre. Ce choix est parfaitement légitime dans le cadre du pluralisme démocratique. Il soulève cependant une interrogation politique : comment concilier le rôle de Président de tous les Sénégalais avec celui de chef ou d’inspirateur d’une formation engagée dans la compétition politique ?
Cette question n’est dirigée contre personne. Elle touche à la nature même de la fonction présidentielle. Plus un Président est engagé dans les affrontements partisans, plus il lui devient difficile d’apparaître comme l’arbitre naturel lorsque surgissent les tensions politiques.
C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’une autre interrogation prend de l’ampleur : où est le gouvernement ? Pendant que l’attention nationale est largement captée par les recompositions politiques, les Sénégalais attendent des réponses sur les questions qui rythment leur quotidien : le coût de la vie, l’emploi, l’agriculture, l’école, la santé, les investissements et la relance économique.
La politique est indispensable à la démocratie. Mais elle ne saurait devenir une fin en soi. Les citoyens jugent d’abord un pouvoir à sa capacité à améliorer leurs conditions de vie.
Le lancement de Kiiray ouvre une nouvelle séquence politique. Il appartiendra désormais au Président de démontrer que cette initiative partisane ne détournera ni son énergie ni celle des institutions de leur mission première : gouverner, rassembler et répondre aux attentes des Sénégalais. C’est sur cet équilibre, délicat mais essentiel, que son action sera observée et, en définitive, jugée.