Par Mamadou Sèye
Le Sénégal a payé un prix trop lourd pour que certains s’autorisent aujourd’hui à jouer avec les fondements de notre République. Les blessures des dernières années ne sont pas totalement refermées. Des vies ont été perdues, des familles ont été endeuillées et la stabilité du pays a été mise à rude épreuve. C’est précisément pour cette raison que les débats touchant au mandat présidentiel doivent être abordés avec une infinie responsabilité.
Or voilà que surgissent, çà et là, quelques voix appelant à faire passer le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Une proposition sans véritable ancrage politique, portée par des personnalités qui ne représentent qu’elles-mêmes, mais qui semblent croire qu’il suffit de lancer une idée spectaculaire pour exister dans le débat public.
Ces initiatives sont d’autant plus regrettables qu’elles réveillent inutilement des traumatismes encore présents dans la mémoire collective. Les Sénégalais ne veulent plus revivre les querelles qui ont si longtemps empoisonné la vie politique. Ils aspirent à la stabilité, au respect des règles et à la concentration des énergies sur les véritables priorités nationales.
Mais le plus surprenant est ailleurs.
A peine cette proposition est-elle lancée qu’une partie de ceux qui se réclament de la société civile monte aussitôt au créneau dans une avalanche de communiqués et de déclarations indignées. Le scénario est désormais bien connu. On donne le sentiment de découvrir une menace imminente alors que chacun sait qu’une telle idée n’a, en l’état, ni traduction institutionnelle ni perspective politique sérieuse.
Une partie de cette société civile semble avoir fait de l’indignation son principal fonds de commerce. Elle choisit ses combats en fonction de leur rentabilité médiatique plutôt que de leur importance pour les citoyens. Il est plus facile de condamner une idée marginale que de se battre, avec la même constance, contre les véritables dysfonctionnements qui affectent la vie nationale.
Pendant que les uns lancent des ballons d’essai et que les autres se précipitent pour les dénoncer, le pays, lui, attend des réponses concrètes. Les préoccupations des Sénégalais sont connues : le coût de la vie, l’emploi des jeunes, la qualité des services de santé, l’école, l’agriculture, l’accès à l’eau, l’énergie et la transformation de l’économie.
La Constitution n’est ni un instrument de communication ni un terrain d’expérimentation politique. Elle est le socle de notre pacte républicain. Ceux qui prétendent servir la démocratie devraient commencer par éviter d’alimenter des polémiques artificielles qui détournent l’attention des véritables enjeux.
Le Sénégal n’a pas besoin d’apprentis sorciers, ni de marchands d’indignation. Il a besoin de femmes et d’hommes capables d’élever le débat public et de protéger la confiance des citoyens dans leurs institutions. Après tant d’épreuves, notre démocratie mérite mieux que des provocations sans lendemain et des indignations de circonstance. Les responsables politiques comme les acteurs de la société civile devraient avoir une seule boussole : préserver la stabilité de la République et concentrer leurs efforts sur les défis réels auxquels les Sénégalais sont confrontés.