Infantino vacille : l’Afrique sera-t-elle le dernier rempart ou le juge de la FIFA ?

Pendant longtemps, Gianni Infantino a semblé régner sans partage sur le football mondial. Chaque congrès de la FIFA confirmait son emprise, chaque réforme renforçait son pouvoir, chaque élection consacrait sa majorité. Beaucoup le croyaient politiquement invincible.

Mais les lignes bougent.

L’Europe a ouvert les hostilités. L’UEFA ne se contente plus de critiquer le président de la FIFA : elle remet désormais en cause sa manière de gouverner. Les dirigeants européens dénoncent une présidence de plus en plus solitaire, des décisions prises sans concertation et une personnalisation excessive du pouvoir. En d’autres termes, ils estiment que la FIFA s’éloigne dangereusement de son fonctionnement collectif. La contestation est désormais publique et assumée.

Plus inquiétant encore pour Gianni Infantino, l’Asie n’observe plus ce bras de fer avec indifférence. Des voix influentes s’élèvent également contre une gouvernance jugée opaque et centralisée. D’autres confédérations réclament davantage de transparence et un retour à un véritable dialogue entre les différentes régions du football mondial.

Autrement dit, ce n’est plus une simple querelle entre l’Europe et la FIFA. C’est une crise de confiance qui gagne progressivement plusieurs continents.

Et c’est ici que l’Afrique entre dans l’Histoire.

Avec ses 54 fédérations membres, la Confédération africaine de football constitue le plus important bloc électoral de la FIFA. Dans une organisation où chaque fédération dispose d’une voix, ce poids est immense. Depuis des décennies, aucun président de la FIFA ne peut durablement gouverner sans l’appui du continent africain.

Cette réalité donne aujourd’hui à l’Afrique une responsabilité exceptionnelle.

Elle peut choisir de soutenir Gianni Infantino jusqu’au bout. Elle peut aussi considérer que les principes de bonne gouvernance, de transparence et de collégialité sont supérieurs aux fidélités personnelles.

Personne ne peut oublier que Gianni Infantino a multiplié les investissements en Afrique. Les programmes FIFA Forward ont permis la construction de terrains, de sièges fédéraux, de centres techniques et le financement de nombreuses fédérations. Ces réalisations sont réelles et doivent être reconnues.

Mais une question fondamentale se pose.

Le développement du football africain peut-il dépendre d’un seul homme ?

Les infrastructures financées par la FIFA ne constituent pas une faveur présidentielle. Elles proviennent des ressources du football mondial. Elles appartiennent à l’ensemble des associations membres. Elles ne sauraient devenir un instrument de fidélisation politique.

C’est pourquoi le débat dépasse aujourd’hui la personne de Gianni Infantino.

Il s’agit de savoir quelle FIFA nous voulons pour demain.

Une FIFA gouvernée par des décisions concentrées entre quelques mains ? Ou une FIFA où les grandes orientations sont discutées, débattues et assumées collectivement ?

L’Afrique ne doit pas se contenter de compter les voix. Elle doit faire entendre sa voix.

Le continent a trop souvent été considéré comme un simple réservoir électoral. Cette époque doit appartenir au passé. L’Afrique mérite mieux que le rôle de faiseur de rois. Elle doit devenir une force de proposition, de réforme et d’équilibre.

Soutenir un dirigeant ne doit jamais signifier renoncer à l’esprit critique. De même, demander davantage de transparence ne revient pas à nier les progrès accomplis.

Au contraire.

Les grandes institutions deviennent plus fortes lorsqu’elles acceptent la contradiction.

La FIFA traverse sans doute la plus grave crise politique depuis plusieurs années. L’issue de cette bataille dépendra en grande partie du vote africain.

Le continent a donc rendez-vous avec son destin.

Cette fois, il ne s’agit pas simplement d’élire un président. Il s’agit de décider si le football mondial continuera à fonctionner comme un système dominé par des équilibres personnels, ou s’il entrera dans une nouvelle ère où la gouvernance, la transparence et la responsabilité collective l’emporteront.

L’Afrique ne doit pas être le refuge d’un pouvoir contesté.

Elle doit être la conscience d’un football mondial qui cherche à retrouver son équilibre.

PROMEDIA

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