Communautés de pratique : le gouvernement met-il la charrue avant les bœufs ?

Par Mamadou Sèye

L’idée de créer des « Communautés de pratique auprès de la Primature » n’a, en soi, rien de contestable. Mobiliser les compétences nationales, celles de la diaspora et des retraités pour améliorer la décision publique est une démarche moderne que l’on ne peut qu’encourager.

Mais une question fondamentale s’impose : est-ce aujourd’hui la priorité de la Primature ?

Un Premier ministre fraîchement nommé est d’abord attendu sur une vision, un cap et une méthode. Avant de lancer des plateformes et des mécanismes de consultation, il est attendu devant l’Assemblée nationale pour sa Déclaration de politique générale. C’est là qu’il expose son projet, fixe les priorités du gouvernement et engage sa responsabilité devant la représentation nationale.

Or, depuis sa nomination, les Sénégalais peinent encore à percevoir l’empreinte du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Son gouvernement donne parfois l’impression d’agir sans récit commun. Les prises de parole de certains ministres ont même révélé des contradictions publiques, notamment sur un sujet aussi stratégique que la politique de la dette, laissant apparaître un déficit de coordination gouvernementale.

Le véritable défi n’est donc peut-être pas de créer de nouveaux espaces d’expertise. Les compétences existent déjà et répondront, sans nul doute, à l’appel de la Nation. Le défi est d’abord de construire un récit politique cohérent, de parler d’une seule voix et d’expliquer clairement aux Sénégalais où le gouvernement entend conduire le pays.

Car gouverner, ce n’est pas seulement décider. C’est aussi donner du sens aux décisions, inspirer confiance et rendre chaque action lisible.

Aujourd’hui, c’est précisément cette cohérence qui semble manquer. Les annonces techniques se multiplient, mais la vision d’ensemble peine encore à émerger. Lorsqu’un gouvernement n’occupe pas le terrain du récit, il laisse inévitablement d’autres raconter son histoire à sa place. Les réseaux sociaux s’engouffrent alors dans le vide, les interprétations supplantent les explications et les polémiques prennent le dessus sur le débat de fond.

Les « Communautés de pratique » trouveront certainement leur utilité. Le Sénégal regorge de femmes et d’hommes compétents, au pays comme dans la diaspora, prêts à mettre leur expertise au service de la Nation.

Mais la première communauté que le Premier ministre doit convaincre, c’est le peuple sénégalais.

Avant de solliciter les experts, il lui revient de présenter sa vision, de fixer un cap et d’incarner une parole gouvernementale forte. Car les grandes transformations ne commencent pas par une plateforme numérique. Elles commencent par un leadership assumé, une vision clairement énoncée et un récit capable de fédérer tout un pays.

C’est cette parole que les Sénégalais attendent encore.

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