Par mamadou Sèye
Si l’on empruntait le vocabulaire du football, on dirait que le PASTEF d’Ousmane Sonko procède actuellement à une occupation rationnelle du terrain. En politique comme sur une pelouse, il ne suffit pas de courir ; il faut savoir se positionner, anticiper et imposer son rythme. C’est sans doute dans cette logique qu’il faut comprendre son appel à la tenue des élections territoriales dans les délais prévus par le calendrier républicain.
Cette posture n’a rien d’anodin. Elle intervient à un moment où le paysage politique est en pleine recomposition. Le nouveau parti présidentiel KIIRAY tente une structuration et une implantation sur l’ensemble du territoire. Or, beaucoup d’observateurs estiment que cette formation n’a pas encore atteint le niveau d’organisation que requiert une compétition électorale d’envergure nationale.
Dans le même temps, une bonne partie de l’opposition traditionnelle peine à retrouver un second souffle. Les difficultés de massification, les querelles de leadership, les départs de responsables et les incertitudes stratégiques limitent sa capacité à apparaître comme une véritable alternative. Le contraste est donc saisissant : pendant que certains consolident leurs bases, d’autres cherchent encore leurs repères.
Dans ce contexte, la position du PASTEF apparaît politiquement cohérente. Un parti qui estime disposer d’une forte implantation territoriale et d’une capacité de mobilisation importante n’a objectivement aucun intérêt à voir le calendrier électoral modifié. Il préfère naturellement que les électeurs soient appelés aux urnes à la date prévue.
Mais la véritable question dépasse les intérêts du PASTEF, de KIIRAY ou de l’opposition. Elle concerne le fonctionnement même de notre démocratie.
Le calendrier électoral n’est pas un simple agenda administratif que l’on ajuste au gré des circonstances politiques. Il constitue un engagement solennel de la République envers les citoyens. Dans une démocratie mature, les échéances électorales ne sont ni avancées ni différées pour permettre à un parti de mieux s’organiser ou à un autre de rattraper son retard. Les règles du jeu doivent être identiques pour tous.
Accepter que la préparation insuffisante de certains acteurs puisse justifier un report ouvrirait une brèche dangereuse. Demain, n’importe quelle majorité pourrait invoquer des raisons politiques pour prolonger les mandats en cours, tandis qu’une opposition affaiblie pourrait réclamer davantage de temps pour se reconstruire. Une telle logique conduirait à une instabilité permanente des institutions.
La stabilité démocratique repose précisément sur la prévisibilité des échéances. Les citoyens doivent savoir que leur rendez-vous avec les urnes dépend de la Constitution et des lois de la République, et non des calculs des états-majors politiques.
C’est pourquoi le débat ne devrait pas porter sur le degré de préparation des uns ou des autres, mais sur le respect scrupuleux du calendrier républicain. Chaque formation politique est libre de définir sa stratégie, de bâtir son organisation et de convaincre les électeurs. En revanche, aucune ne devrait pouvoir prétendre adapter le temps de la République à son propre tempo.
En définitive, la meilleure garantie de notre démocratie demeure le respect de la parole de l’Etat. Les élections doivent se tenir à la date prévue, quelles que soient les forces en présence. C’est à cette condition que le suffrage universel conservera toute sa crédibilité et que la République démontrera que ses règles sont supérieures aux intérêts partisans.