Locales 2027 : de quoi KIIRAY a-t-il peur ?

Par Mamadou Sèye

Le 26 août approche. Le 23 janvier 2027 aussi. Entre ces deux dates, le Sénégal n’a pas besoin d’un nouveau feuilleton juridico-politique : il a besoin de savoir quand ses citoyens seront appelés à choisir leurs maires et leurs conseillers départementaux.

Le débat sur les prochaines élections territoriales prend une tournure pour le moins surprenante. Alors que la société civile, l’opposition et désormais des voix issues de PASTEF réclament le respect du calendrier électoral, certains responsables du camp présidentiel semblent davantage préoccupés par l’interprétation du Code électoral que par la préparation de leur confrontation avec les électeurs.

La dernière illustration en date est la déclaration d’Aminata Touré sur RFI, où elle soutient, en substance, que le Président dispose de toute l’année 2027 pour organiser les élections locales.

Pourtant, l’article L.269 du Code électoral dit autre chose. Il prévoit certes qu’il peut être fait exception au calendrier ordinaire lorsque les circonstances l’exigent. Mais il verrouille immédiatement cette possibilité par une formule qui ne laisse guère de place à l’improvisation : « Dans tous les cas, les élections ont lieu dans la cinquième année du mandat. »

Il faut donc distinguer deux choses : une dérogation au délai ordinaire et un report hors de la cinquième année. La première est prévue par le texte. La seconde ne peut être déduite de cette disposition.

Et voici qu’un autre élément vient désormais éclairer le débat. Amadou Ba, membre de PASTEF et de la majorité parlementaire, rappelle que le 26 août constitue une échéance impérative pour un acte préparatoire au scrutin, en application notamment des articles L.247 et L.282 du Code électoral. Selon lui, les élections territoriales doivent intervenir avant le 23 janvier 2027.

Voilà qui devrait nous ramener à l’essentiel.

Nous ne sommes pas face à un problème juridique insoluble. Nous sommes face à une échéance électorale.

Et c’est précisément ici que surgit la question politique : de quoi Kiiraay a-t-il peur ?

Aminata Touré et Abdourahmane Diouf ont tous deux expliqué publiquement avoir convaincu le Président Bassirou Diomaye Faye de créer son propre parti. C’est désormais chose faite.

Il appartient donc à ceux qui ont porté cette conviction de démontrer au Président qu’ils avaient raison.

Car un parti politique ne devient pas « le plus fort » parce que son président l’affirme à son assemblée constitutive.

Il le devient dans les urnes.

Lorsque le Président déclare : « Nous sommes nés aujourd’hui, avons grandi aujourd’hui et sommes désormais les plus forts », la réponse démocratique devrait être évidente : allons aux élections et vérifions-le.

C’est même le principe élémentaire d’une République.

Or le paradoxe est saisissant. Pendant que PASTEF déploie ses structures sur le territoire national et dans la diaspora, le nouveau parti présidentiel devrait être engagé dans une formidable bataille de massification, d’implantation locale et de conquête électorale.

Pas dans la recherche d’artifices juridiques susceptibles de repousser l’heure du verdict populaire.

Et les performances électorales de ceux qui portent aujourd’hui Kiiraay rendent la situation encore plus singulière. Aminata Touré et Abdourahmane Diouf ont connu des défaites électorales jusque dans leur propre bureau de vote. Le Président Bassirou Diomaye Faye lui-même avait été battu lors des dernières élections locales dans sa commune de Ndiaganiao.

Ce ne sont pas des attaques personnelles. Ce sont des faits électoraux.

Ils rendent d’autant plus nécessaire une confrontation avec le suffrage universel.

Les huées essuyées récemment par Aminata Touré et le ministre Balla Moussa Fofana dans des manifestations publiques ne constituent évidemment pas un sondage électoral. Ce serait intellectuellement malhonnête de les présenter comme tel.

Mais elles peuvent constituer un signal politique.

Peut-être même un avant-goût de ce que pourrait être une campagne électorale au contact du pays réel.

Alors, pourquoi avoir peur des urnes ?

Pourquoi chercher dans le juridisme ce que la politique devrait régler ?

Nous ne demandons ni faveur à PASTEF, ni faveur à Kiiraay, ni avantage à l’opposition.

Nous demandons simplement des élections.

Des élections à date échue, transparentes, régulières, inclusives et incontestables.

Que PASTEF démontre la force dont il se prévaut.

Que Kiiraay démontre la force que son président lui attribue.

Que l’opposition fasse de même.

Et que le peuple tranche.

C’est cela, une République.

Et il y a même, pour le Président, une donnée politique qui devrait « rassurer » ceux qui redoutent tant le scrutin : une défaite électorale n’est jamais nécessairement la fin d’un parcours politique. Les recompositions existent. Les alliances existent. Les retrouvailles existent. Le Président peut toujours, demain, envisager une autre configuration politique, y compris un rapprochement ou un retour vers PASTEF si les circonstances le permettaient.

Alors pourquoi chercher à gagner du temps ?

Kiiraay doit maintenant démontrer pourquoi il fallait créer Kiiraay.

C’est son intérêt. C’est celui du Président. Et c’est surtout celui de la démocratie sénégalaise.

Nous avons dit qu’il fallait désormais refuser de nous comporter comme une République bananière. Il faut aller jusqu’au bout de cette exigence.

Les élections ne sont pas un problème à résoudre. Elles sont la solution démocratique à nos problèmes politiques.

Toute l’Afrique nous observe.

Le Sénégal doit montrer l’exemple.

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