Macky Sall : quand le passé sénégalais rattrape une candidature internationale

Par Mamadou Sèye

La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU ne se joue évidemment pas uniquement sur son bilan diplomatique ou son expérience d’ancien chef d’Etat. Elle se retrouve désormais confrontée à une question autrement plus embarrassante : que faire des accusations liées aux violences politiques survenues au Sénégal pendant ses dernières années au pouvoir ?

Le signal venu du Brésil est particulièrement fort. Réunis à Rio de Janeiro, plus de 250 responsables d’Amnesty International ont réclamé justice pour les manifestants tués, les victimes de torture et les personnes détenues dans le contexte politique de 2021 à 2024.

Le problème, pour Macky Sall, est que cette interpellation intervient au moment précis où son ambition onusienne cherche à franchir une étape décisive. Le premier vote indicatif du Conseil de sécurité, le 30 juillet, ne lui a guère été favorable : 7 voix contre, 6 pour et 2 abstentions. Il se retrouve ainsi avec le plus mauvais résultat parmi les six candidats.

Il faut évidemment éviter de transformer le vote d’Amnesty en explication mécanique du scrutin. Les grandes puissances votent selon des considérations diplomatiques, géopolitiques et stratégiques qui dépassent largement la seule question sénégalaise. Mais il serait tout aussi imprudent de considérer que l’image d’un ancien Président confronté à des accusations aussi graves n’a aucune incidence sur sa capacité à prétendre diriger l’organisation internationale chargée précisément de défendre la paix, les droits humains et la justice internationale.

C’est là que le dossier devient politiquement intéressant.

Pendant longtemps, la question des morts des manifestations est restée principalement inscrite dans le débat intérieur sénégalais. Elle sort désormais progressivement de ce cadre. Les chiffres eux-mêmes demeurent discutés — 65 morts selon les autorités et CartograFreeSenegal, davantage selon certaines organisations de défense des droits humains — mais le désaccord sur le bilan ne fait pas disparaître la question fondamentale : ces morts feront-ils un jour l’objet d’une véritable clarification judiciaire et politique ?

Et c’est peut-être ici que la candidature de Macky Sall rencontre sa principale difficulté.

On peut quitter le palais présidentiel. On ne quitte pas nécessairement son bilan avec lui.

Une candidature au secrétariat général de l’ONU exige plus qu’un curriculum vitae prestigieux. Elle suppose une forme de crédibilité morale et politique, particulièrement lorsqu’il s’agit de représenter une institution dont la vocation est de prévenir les conflits, de protéger les populations et de défendre les droits fondamentaux.

Le paradoxe est donc saisissant : Macky Sall cherche à accéder à la plus haute fonction administrative des Nations unies alors que des voix de plus en plus nombreuses demandent encore que toute la lumière soit faite sur les violences qui ont endeuillé son propre pays.

Voilà pourquoi le rendez-vous de Rio n’est pas un simple épisode militant. Il constitue un nouveau chapitre dans une bataille d’image qui pourrait peser lourd dans la suite de la course à l’ONU.

Et une question finit forcément par s’imposer : comment prétendre incarner l’autorité morale des Nations unies lorsque son propre passé présidentiel demeure l’objet de demandes internationales de justice ?

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