Par Mamadou Sèye
L’annonce faite par le Président Bassirou Diomaye Faye devant des maires, selon laquelle il entend créer sa propre formation politique, pourrait constituer l’un des tournants majeurs de ce début de mandat.
Jusqu’ici, son accession au pouvoir était indissociable du Pastef, le parti porté et structuré par Ousmane Sonko. Malgré le limogeage de ce dernier de la Primature, le Pastef est resté soudé autour de son leader historique. Aucun basculement significatif n’a été observé, confirmant que la force du parti repose avant tout sur sa base militante et son organisation.
Le président semble aujourd’hui ouvrir une autre voie : celle de la construction de sa propre légitimité partisane. C’est un choix politiquement audacieux, mais aussi particulièrement risqué.
D’abord parce qu’il intervient en plein exercice du pouvoir, dans un contexte économique difficile où les attentes sociales sont immenses. Ensuite parce que bâtir un parti présidentiel exige des relais politiques, des élus, des militants et un ancrage territorial qui ne se décrètent pas.
Les événements des dernières semaines ont également montré que l’autorité institutionnelle ne suffit pas toujours à produire des ralliements. Plusieurs responsables ont préféré quitter leurs fonctions plutôt que de poursuivre l’aventure gouvernementale après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature. Cette réalité nourrit l’idée que le décret présidentiel, aussi puissant soit-il juridiquement, ne règle pas à lui seul les rapports de force politiques.
L’autre défi est celui de la perception populaire. Une partie de l’opinion considère que les déplacements et les prises de parole du chef de l’Etat ne rencontrent pas l’adhésion espérée. Cette perception, qu’elle soit fondée ou exagérée, pèse désormais dans le débat public et alimente les interrogations sur sa capacité à mobiliser en son nom propre.
Créer un parti est une chose. Le transformer en force populaire en est une autre.
Le président Diomaye Faye s’engage ainsi dans un pari dont l’issue est loin d’être écrite. Si ce projet réussit, il disposera d’une autonomie politique inédite. S’il échoue, il risque d’accentuer les fractures au sommet de l’Etat sans parvenir à constituer une alternative crédible au Pastef.
L’histoire politique sénégalaise entre peut-être dans une nouvelle phase : celle où deux légitimités issues d’une même victoire devront désormais convaincre séparément le peuple sénégalais.