Honte à nous !

Par Mamadou Sèye

Nous sommes un pays producteur de pétrole et de gaz. Et nous sommes dans le noir.

Voilà le paradoxe qui devrait nous interpeller collectivement.

Le Directeur général de la Senelec, Pape Toby Gaye, vient de donner les explications sur les délestages qui frappent actuellement le pays. Une panne sur le système FSRU de la centrale flottante de Karpowership aurait fait perdre environ 200 MW. Une autre avarie touche l’une des turbines de Cap des Biches. A cela s’ajoutent les difficultés liées à l’utilisation du gazole, les contraintes logistiques et la forte hausse de la consommation provoquée par la chaleur.

Le DG annonce l’arrivée de la pompe de remplacement à Dakar et espère une amélioration à partir du milieu de semaine, avec un retour à la normale à partir de jeudi si les opérations se déroulent comme prévu.

Nous entendons ces explications. Elles sont techniques et, à ce titre, elles méritent d’être prises en considération. Mais elles ne répondent pas à la question de fond.

Car cette question dépasse la panne d’une pompe, l’avarie d’une turbine ou les difficultés d’approvisionnement en gazole.

Quelques jours auparavant, la Senelec expliquait déjà que la demande avait atteint 1 400 MW en août, contre 1 250 MW prévus, tandis que l’arrêt de Cap des Biches avait entraîné une perte supplémentaire de 240 MW.

Autrement dit, notre système électrique reste extrêmement vulnérable dès que plusieurs événements surviennent simultanément.

C’est cela qui doit nous préoccuper.

Une panne peut arriver. Une turbine peut tomber en panne. Une pompe peut lâcher. Une forte chaleur peut provoquer une hausse de la consommation. Même des difficultés logistiques peuvent survenir.

Mais lorsqu’une accumulation de ces incidents suffit à plonger des populations entières dans l’obscurité, la vraie question devient celle de la robustesse de notre système électrique.

Quelles sont nos marges de sécurité ? Quelle capacité de réserve avons-nous réellement ? Comment anticipons-nous les pics de consommation ? Comment sécurisons-nous l’approvisionnement en combustible ? Et surtout, comment faisons-nous pour que la défaillance de quelques équipements ne se transforme pas en crise nationale ?

Le problème est d’autant plus troublant que le Sénégal est désormais entré dans l’ère du pétrole et du gaz.

Nous avons longtemps entendu parler de souveraineté énergétique, de nouvelles ressources, de gaz destiné notamment à renforcer notre production électrique. Le citoyen sénégalais, lui, ne vit pas dans les discours sur les hydrocarbures. Il vit dans sa maison, dans son atelier, dans son commerce, dans son entreprise. Et lorsqu’il fait chaud et que le courant disparaît, il se retrouve tout simplement dans le noir.

Il ne s’agit évidemment pas de nier les incidents techniques qui viennent d’être expliqués. Il ne s’agit pas non plus de faire porter à un homme ou à une équipe la responsabilité de toutes les fragilités accumulées.

Il s’agit de regarder la réalité en face.

Nous ne pouvons pas nous satisfaire durablement d’un système électrique qui devient aussi fragile à la première sérieuse combinaison d’incidents.

Le pétrole et le gaz doivent être autre chose qu’une nouvelle promesse. Ils doivent progressivement contribuer à transformer notre réalité énergétique, à renforcer notre souveraineté et surtout à garantir aux Sénégalais une électricité disponible et fiable.

Sinon, le paradoxe restera terrible : un pays qui produit du pétrole et du gaz, mais dont les populations cherchent de la lumière dans le noir.

Alors oui, Honte à nous !

Pas honte aux Sénégalais qui subissent les coupures.

Honte à cette situation qui nous oblige encore, au moment même où notre pays entre dans une nouvelle ère énergétique, à poser une question aussi élémentaire :

Comment pouvons-nous produire du pétrole et du gaz et continuer à manquer d’électricité ?

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