Par Pape Touty Makhtar Sow
31 juillet 2026
Idrissa Fall, journaliste au front, n’est pas tombé dans les traquenards mortels tendus par les terroristes du Sahel et par les milices de Centrafrique. Lui, il avait lu Giap, Mao et Cabral, et avait médité sur la guerre prolongée et la pratique révolutionnaire.
C’est à Washington, dans le foyer familial, que Driss, dans une foi islamique pleinement retrouvée, a rendu son dernier soupir, entouré par les siens avec tendresse et affection. C’était un vendredi du mois de Safar.
De Washington, il est rentré à la maison, au Sénégal, auprès de son défunt père et sous le regard bienveillant de sa maman, dans la ferveur des prières, la chaleur des émotions et l’élan des hommages.
Depuis ce deuxième vendredi du mois de Safar, Idrissa Fall repose à Dangou, ce quartier de Rufisque qui l’a vu naître, qu’il a arpenté et aimé, et dont il connaissait chaque ruelle, chaque concession et chaque habitant.
Enraciné dans ce terroir, il était aussi un citoyen ouvert au monde. Il a laissé une empreinte indélébile dans la vallée du fleuve Sénégal. Les habitants du village de Boynadji, qui gardent un vif souvenir de son passage, le pleurent. Là-bas, il a enseigné, soigné, conseillé et accompagné une génération entière, donnant naissance à des intellectuels illustres, des citoyens conscients et des patriotes engagés.
Dès cette époque, il traduisait déjà les préoccupations des masses locales dans les colonnes de la presse révolutionnaire de Xarebi et de Jaay doole bi.
Plus tard, en France, il donna une forme académique à cette passion pour le journalisme ; c’est dans cette même période qu’il déclara son amour à Caro.
Grand reporter à la Voix de l’Amérique, Idriss Fall s’imposa naturellement comme l’un des journalistes africains de radio les plus reconnus. Les missions périlleuses ne l’effrayaient pas ; ses prises de risques lui valurent d’éminentes distinctions. Il continuera de nourrir notre mémoire par l’écho de sa voix radiophonique.
Jeune militant du courant maoïste dans les années 1970-80, il rêvait d’un monde meilleur. Il aimait débattre, aller à contre-courant et contester sans jamais stigmatiser.
Ensemble, avec Albert, Dimi et Nianthio…, dans la clandestinité, nous avons contribué à la reconstruction et à l’expansion de l’organisation locale de And jëf/Reenu Rewmi, à Rufisque. Le mouvement ouvrier et syndical des grands bastions industriels locaux tels que Bata, Sénac, Sococim et Sigelec était notre champ prioritaire d’intervention.
Pour moi, Idy fut un compagnon devenu un frère de cœur, dont l’affection m’a profondément marqué.
Homme affable, Idy était doté d’un grand cœur, d’une sensibilité profonde et d’une générosité sans limites.
Sa maison à Arlington était ouverte, avec la chaleureuse complicité de Caro, pour accueillir et héberger tout convive et lui servir des mets dont lui seul, le cordon bleu, avait le secret des arômes.
Dors en paix, mon cher Idy, sur le lit de biens que tu as semés !