Par Mamadou Sèye
Il est des débuts qui inquiètent.
A peine lancé, le nouveau parti présidentiel Kiiray donne déjà l’image d’une formation travaillée par des rivalités internes. Au lieu de parler organisation, implantation nationale, programme et préparation des élections locales, certains de ses responsables ont choisi d’ouvrir un débat aussi prématuré que périlleux : celui du passage du mandat présidentiel de cinq à sept ans.
Pourtant, l’urgence est ailleurs. Les Sénégalais attendent que le Président de la République convoque le corps électoral et fixe, conformément à la loi, la date des élections locales. C’est ce calendrier républicain qui devrait aujourd’hui mobiliser toutes les attentions, plutôt qu’un débat constitutionnel que rien ne justifie.
La proposition formulée par Baye Mayoro Diop et Arona Coumba Ndoffène Diouf a donc surpris. Plus encore, la réplique de Baye Mayoro Diop, affirmant que ce débat sera porté par « les vrais militants du Président Diomaye », révèle un malaise plus profond qu’une simple divergence d’opinion.
Certes, Baye Mayoro Diop a partagé avec Bassirou Diomaye Faye les années de combat au sein de PASTEF. Mais le Président de la République n’appartient plus à cette formation. Il conduit désormais son propre projet politique à travers Kiiray et la coalition Diomaye Président. Dès lors, nul ne peut s’arroger le monopole de sa légitimité politique au nom d’une ancienneté militante.
En face, Aminata Touré ne s’exprime pas comme une simple militante. Elle est la coordinatrice de la coalition Diomaye Président, investie de cette responsabilité par le chef de l’Etat lui-même. C’est précisément cette désignation qui avait provoqué les réticences de PASTEF et accéléré la rupture entre le Président Diomaye et son ancien parti.
Le fond du problème est donc ailleurs. Derrière cette controverse sur les sept ans se profile une bataille de légitimité. Les compagnons de la première heure estiment que leur proximité historique avec le Président leur confère une autorité particulière. D’autres tirent leur légitimité des responsabilités que leur confie aujourd’hui le chef de l’Etat. Si cette compétition n’est pas rapidement maîtrisée, elle risque de devenir le premier facteur de fragilisation de Kiiray.
Les partis politiques ne se désagrègent pas toujours sous les coups de l’opposition. Ils implosent souvent lorsque les ambitions personnelles prennent le dessus sur le projet collectif.
A peine né, Kiiray est déjà confronté à cette épreuve.
Le Sénégal attend de cette nouvelle formation qu’elle apporte des réponses aux préoccupations des citoyens, qu’elle prépare les échéances électorales et qu’elle accompagne l’action du Président. Il serait regrettable que son premier grand débat soit celui de la durée du pouvoir plutôt que celui de son contenu.
Un parti présidentiel ne se construit ni sur les procès en légitimité ni sur les querelles de préséance. Il se construit sur une vision, une discipline et un sens de l’intérêt général.
C’est le premier défi de Kiiray. Et sans doute le plus décisif.