Ndèye Khady Ndiaye : le Sénégal ne rejouera pas le film de la violence

Par Mamadou Sèye

Il y a des affaires que l’on peut vouloir ressusciter, des polémiques que l’on peut tenter de rallumer et des plaies que certains peuvent avoir intérêt à maintenir ouvertes. Mais il y a surtout un peuple qui, lui, a déjà payé beaucoup trop cher le prix de la violence politique. Le Sénégal n’a donc plus envie de rejouer les mauvais épisodes de son histoire récente.

Les audios attribués à Ndèye Khady Ndiaye, qui circulent largement depuis quelques jours, ont provoqué un véritable tollé. Et pour cause : dans ces enregistrements, la dame revient sur les événements qui l’avaient placée au cœur de la séquence politico-judiciaire ayant marqué la candidature d’Ousmane Sonko en 2024 et affirme avoir été sollicitée par certaines personnes pour modifier sa version des faits. Elle cite même nommément des personnes qu’elle présente comme impliquées dans cette démarche.

Il ne s’agit donc plus d’une simple rumeur de réseaux sociaux. Il appartient évidemment aux autorités compétentes d’établir la véracité, l’origine et la portée exacte de ces enregistrements. Mais leur contenu, tel qu’il est actuellement diffusé, est suffisamment explicite pour susciter une interrogation majeure : qui a intérêt à remettre en circulation une affaire que la justice a déjà tranchée et à réveiller les passions qu’elle avait suscitées ?

Ndèye Khady Ndiaye avait, à l’époque, été perçue par une partie des Sénégalais comme un témoin dont les déclarations avaient compté dans la défense d’Ousmane Sonko. Des militants et sympathisants de PASTEF lui avaient alors manifesté leur solidarité. Ils l’avaient fait, pour beaucoup, par compassion et par reconnaissance de ce qu’ils considéraient comme une attitude courageuse.

Mais la sympathie populaire n’est pas un blanc-seing éternel. Et surtout, elle ne peut devenir une monnaie d’échange politique.

Aujourd’hui, la dame se retrouve au centre d’une nouvelle tempête. Si ses propres propos enregistrés sont authentiques, ils soulèvent des questions autrement plus graves que ses problèmes personnels. Car ce qui est en train de se jouer dépasse désormais largement sa personne.

Le Sénégal n’a aucune envie de retourner dans les années où les divergences politiques se réglaient dans la rue, où les accusations s’empilaient sur les réseaux sociaux et où chaque nouvelle révélation pouvait devenir le prétexte d’un affrontement.

Nous avons déjà payé trop cher.

Les Sénégalais veulent autre chose. Ils veulent que les ambitions politiques se règlent dans les urnes, que les adversaires se combattent par les idées et que chaque candidat disposant des conditions légales puisse solliciter les suffrages de ses compatriotes dans la paix et la concorde.

C’est, au fond, le message que les guides religieux n’ont cessé de rappeler : le Sénégal appartient à tous ses enfants. Aucun camp politique ne possède le droit d’en faire son champ de bataille.

Voilà pourquoi il faut regarder cette affaire avec la plus grande gravité. Si des personnes ont effectivement demandé à un témoin de modifier sa version, elles devront répondre de leurs actes devant les institutions compétentes. Et si les accusations contenues dans les audios sont infondées, celles qui les portent devront également en assumer les conséquences.

Mais une chose est certaine : le peuple sénégalais ne doit plus être pris en otage par les querelles, les ambitions ou les manipulations des uns et des autres.

Quant à Ndèye Khady Ndiaye, elle a choisi de remettre son histoire au centre du débat public. Elle devra désormais assumer les conséquences de cette nouvelle exposition. La confiance, lorsqu’elle est brisée, ne se récupère pas par de nouvelles déclarations.

Et ceux qui, éventuellement, auraient imaginé pouvoir utiliser cette affaire pour atteindre Ousmane Sonko ou réouvrir une séquence douloureuse de l’histoire récente du pays doivent comprendre une chose : le Sénégal de 2026 n’est plus disposé à mourir pour les querelles politiques de qui que ce soit.

La politique, désormais, devra se gagner par les suffrages.

Pas par la manipulation.

Pas par la violence.

Pas par la peur.

Et certainement pas en poussant une nouvelle fois le peuple sénégalais au bord du précipice.

La paix du Sénégal vaut infiniment plus que les intérêts de ceux qui seraient tentés de la sacrifier.

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