Par Mamadou Sèye
Il est des fonctions où chaque mot pèse plus lourd qu’un discours entier. Le ministère des Forces armées est de celles-là. Lorsqu’on en a la charge, on ne parle ni comme un militant, ni comme un responsable politique ordinaire. On parle au nom d’une institution dont la crédibilité repose sur la retenue, la neutralité et le sens de l’Etat.
Yankhoba Diémé semble pourtant l’oublier. Depuis sa nomination, les déclarations qui suscitent la controverse se succèdent à un rythme préoccupant. La dernière, évoquant l’utilisation des services de renseignement pour suivre le comportement de militants sur le terrain, a franchi un seuil que beaucoup de Sénégalais jugent inquiétant.
Que les propos aient été maladroitement formulés ou qu’ils aient été sortis de leur contexte, le problème demeure. Un ministre des Forces armées ne peut laisser planer le moindre doute sur la neutralité des services placés sous l’autorité de l’Etat. La confiance des citoyens dans les institutions est un bien précieux ; elle se construit difficilement et peut être ébranlée par une simple phrase.
Monsieur le ministre doit donc se ressaisir. Il doit mesurer la portée de chacune de ses interventions publiques et comprendre que certaines responsabilités imposent davantage de silence que de commentaires. La parole publique n’est pas un exercice improvisé, encore moins lorsqu’elle touche à la sécurité nationale.
Le Sénégal traverse une période politique exigeante. Plus que jamais, les institutions ont besoin d’être incarnées par des responsables qui rassurent, apaisent et rassemblent. Les sorties approximatives, les formulations ambiguës et les déclarations qui alimentent les soupçons ne rendent service ni au gouvernement, ni aux forces armées, ni à la République.
La fonction impose de la hauteur. Elle impose aussi de la discipline dans la parole. Il est temps que le ministre en prenne pleinement la mesure.