Enjeux de la Révision de la Constitution dans un contexte de scission au sein de Pastef-Les Patriotes: Wërwërloo beek wiiri wiiri bi, du ko teree jaari ndaari !

Loin de tout dilatoire, un Collectif de quelque 143 intellectuels d’horizons divers, dont l’écrivain Boubacar Boris Diop, l’ancien secrétaire général d’Amnesty International M. Pierre Sané, Professeur Sidy Alpha Ndiaye, Docteur Seynabou Sougoufara, le cinéaste Moussa Sene Absa et tant d’autres figures connues de l’intérieur du pays ou de la diaspora, viennent de publier, ce 28 juin, un Appel réclamant le vote immédiat de la proposition de loi n°17/2026 portant révision de la Constitution, présentée par la majorité parlementaire Pastef. Ella a fini par être votée à l‘unanimité par l’Assemblée nationale malgré les tentatives de sabotage et de blocage de la part de l’opposition, réduite à présent à un vain exercice de banalisation de la Constitution, face, soutiennent-ils, aux « vraies urgences » que sont l’emploi, la vie chère et autre financement de l’économie que personne n‘ignore du reste ! Leur mémoire est courte, la nôtre, pas.  Il est quand même ahurissant de tenter de bloquer la Loi Fondamentale ou d’user de dilatoire sous prétexte d’organiser éventuellement un referendum, dépassé dans le fond depuis le temps des Assises nationales et de la CNRI, de voir les imposteurs des temps présents s’associer allègrement à ceux d’il n’y a guère pour rivaliser d’ardeur dans leur sport favori de désinformation et de manipulation, au nom prétendument des vertus du dialogue, de la démocratie et de la participation citoyenne !

Les Assises et les vertus du dialogue national

Mais comment des acteurs politiques et sociaux figurant au 1er rang des Assises Nationales du Sénégal et de la Commission Nationale de Réforme des Institutions de 2009 à 2013, comment les acteurs des Assises de la Justice de 2024 et du Dialogue Politique de 2025, pour ne citer que les exemples les plus emblématiques, peuvent-ils en arriver à « oublier »que « le processus des Assises Nationales, incluant la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI), constitue incontestablement jusqu’ici, l’exercice le plus inclusif et le plus fécond en matière de ‘’dialogue national’’ au Sénégal» (In ma contribution du 1er mars 2026, prolongeant celles des 9 et 24 juillet 2025) ? L’on peut même se demander pourquoi la refonte de la constitution d’essence senghorienne adoptée par referendum le 7 mars 1963 juste après l’élimination de Mamadou DIA, n‘a pas fait partie des tout premiers chantiers de la rupture annoncée au lendemain des victoires arrachées de haute lutte en mars et novembre 2024 !

L’on pourrait aussi noter que, sur des aspects essentiels liés au renforcement du pouvoir parlementaire, le texte porté au vote de l’Assemblée, malgré les améliorations apportées à l’Avant-projet de loi plus que tardif du gouvernement, reste quelque part en deçà de l’orientation de REFONDATION de l’Etat, des Institutions et de la société, portée par les Assises. Ceci certainement dans un souci de compromis dynamique, en fidélité à la formule des Assises et de la CNRI qui n’ont jamais voulu plaider explicitement pour un régime parlementaire en tant que tel, lui préférant de façon constante les concepts plus soft d’indépendance, de séparation et d’équilibre des pouvoirs, à ancrer dans la réalité institutionnelle sénégalaise.

Vouloir donc faire passer la proposition de révision portée par l’Assemblée comme une entreprise politicienne d’Ousmane Sonko à visées purement personnelles, s’inscrit apparemment dans une optique de mauvaise foi et de tentative obstinée de manipulation. Il s’agit bien plutôt d’une œuvre collective, murie patiemment plusieurs années durant, largement partagée, inclusive et consensuelle, qui tire sa source et sa légitimité des Assises Nationales, de la CNRI et du Dialogue politique, comme rappelé ci-dessus ! Que demander de plus ?

Signatures par Sonko et Faye de la Charte et du Pacte issus des Assises

Autre vérité historique : Ousmane Sonko a signé à deux reprises la Charte de Gouvernance Démocratique des Assises en 2009 en tant que leader syndical puis en 2010 après la création du parti Pastef, et le candidat de Pastef en 2024, Bassirou Diomaye Faye alors en prison, a fait signer par son représentant, le Pr Sidy Alpha Ndiaye, le Pacte de Gouvernance Démocratique, élaboré par la Société civile. Attachement et adhésion constante de Pastef aux propositions des Assises/CNRI confirmées par son engagement pris en 2024, à travers le programme de campagne intitulé LE PROJET, de faire procéder à la révision de la Constitution d’essence senghorienne, notamment en mettant fin à l’hypertrophie présidentialiste, en renforçant les pouvoirs du parlement, en supprimant le cumul de mandats de Chef de l’Etat et chef de parti, en instituant la déclaration obligatoire de patrimoine à la prise et à la cessation de fonction, en limitant les fonds spéciaux et en instituant une procédure ainsi que des règles claires de contrôle de leur utilisation, pour ne citer que quelques points saillants, entre autres, pour la construction jamais achevée de l’œuvre de transparence et de démocratie.

Lamentables et pitoyables, telles se présentent en général les postures persistantes de la haine contre un homme, Ousmane Sonko, accusé sans cesse de tous les maux d’Israël qui assaillent le Sénégal !

Luttes sur la durée du peuple sénégalais

L’ouverture démocratique à la Senghor des années 74-76-81, jusqu’à même l’alternance politique du 19 mars 2 000, n’est pas le monopole du combat du seul Wade et du PDS, loin s’en faut ! Tout comme la Révolution démocratique, populaire, sociale et citoyenne d’essence souverainiste du 24 mars 2024, n’est pas sortie, déjà toute cuite, de la Cuisse de Jupiter ! Dans un cas comme dans l’autre, il s’est agi, comme sources d’inspiration et terrains d’expérimentation, de pans entiers de l’histoire des luttes de classes des peuples du monde, d’Atrique et du Sénégal, avec ses bas et ses hauts. Quelques illustrations, parmi tant d’autres: de l’historique grève des cheminots de 1938 à celle plus grandiose encore de 1947, de la création du RDA en 1946 à Bamako au Congrès des 27 et 28 juin 1958 à Cotonou, jusqu‘aux « porteurs de pancartes » de l’ex Place Protêt réclamant l‘indépendance au Général De Gaulle ; des émeutes de Saint-Louis en juillet1960 suivies de l’interdiction-dissolution du PAI le 1er Aout, et toute la période postcoloniale, après l’éviction et la longue détention en prison de Mamadou Dia , Président du Conseil, et de ses plus proches compagnons de combat ; et la période des manifestations du P.R.A. sur le Boulevard du Centenaire (aujourd’hui Mamadou Dia) suite aux législatives du 1er décembre 1963 ; grèves de mai 68 des étudiants, élèves et travailleurs et leurs répercussions, notamment sur le mouvement syndical ainsi que sur les partis , notamment de gauche ; puis les puissantes grèves de 71 et 77 ; mort du jeune intellectuel révolutionnaire Omar Blondin Diop constatée dans sa cellule de la prison de Gorée le 11 mai 1973, et présentée sous la forme d’un suicide par pendaison ! Arrestations de nombreux membres et dirigeants de l’organisation clandestine Reenu Réew miXare bi/ La Lutte en janvier et juin 1975, suivies de leur procès avec de multiples condamnations ; naissance du Front Culturel Sénégalais/ Làngug Caada Senegaal avec différentes publications de 1976  à 1983 : anthologies littéraires en français et en langues nationales, Manifeste du Front, contributions à caractère scientifique pour la défense et l’illustration des langues nationales, œuvres de recherches historiques sur des évènements de notre patrimoine tel le massacre de Thiaroye du 1er décembre 1944, ou sur de grandes figures révolutionnaires méconnues comme Lamine Ibrahima Arfang Senghor, Tovalou Houénou Quénum, Thiémokho Garang Koutyaté, Alin Sitooye Jaata, production de plusieurs cassettes audio pour la diffusion de poèmes et de chansons patriotiques, etc. Rappelons la grève historique du SUDES de 1980, laquelle a abouti à la tenue des Etats Généraux de l‘Education et de la Formation, les révoltes populaires de «la jeunesse malsaine»(dixit le Président Abdou Diouf, lors de la campagne électorale pour le double scrutin présidentiel et législatif du 28 février 1988, suivi de la proclamation de l’Etat d’urgence dès le lendemain 29 février…

Le RND et son leader charismatique le Professeur Cheikh Anta Diop entendaient demeurer fidèles à leur ligne de résistance faite de mobilisation démocratique, pacifique et de masse. Le rapport de forces avait commencé visiblement à déplacer son curseur. Le 19 mars 2000, dans l’euphorie et le sentiment de libération, survint l’avènement de l’Alternance, portée par la CA2000 au 1er tour, relayée par le FAL au second tour.

En finir avec le présidentialisme néocolonial 

Comment parler décemment de gouvernance démocratique, de souveraineté nationale, populaire et africaine, sans s’engager de façon effective sur la voie de l’éradication du « présidentialisme néocolonial » (Abdoulaye LY :Sur le présidentialisme néocolonial au Sénégal, Editions Xamle, 1983 ; dans le même ordre d’idées, l’économiste Professeur Makhtar Diouf emploie quant à lui la formule « le Président Dieu » (CF sa contribution publiée dans Seneplus sous le titre : « Dieu est mort», tous deux mettant à nu la Constitution, du 7 mars 1663, faite d’hypertrophie du pouvoir du Président de la République, de servitude volontaire, de prédation dans l’impunité presque totale, sans obligation réelle de reddition des comptes. Et voilà que cette même Constitution, dans ses fondements de base, veut continuer encore jusqu’à aujourd’hui, à régir la vie de notre Etat, de nos Institutions, de notre Société, malgré les affres des années de braise et de dure résistance de 2021 à 2024 et malgré surtout la secousse tellurique du 24 mars 2024, etc. Et pourtant dès le 23 juin 2011, le peuple sénégalais, toutes sections confondues, mobilisé toute la journée devant les grilles de l’Assemblée Nationale (actuelle Place Soweto) avait réussi à démontrer que le pouvoir constituant appartenait en définitive aux masses populaires debout et souveraines. Wade dut retirer son projet de loi d’essence dynastique, signant ainsi sa chute avant le terme officiel de son second mandat (Voir : :M23: chronique d’une révolution citoyenne, Editions de la Brousse, Dakar, 2014).

Il nous faut savoir tirer avec humilité, lucidité et courage les bonnes leçons de l’histoire universelle des luttes des peuples, celles du peuple sénégalais au premier chef. « Le don de soi pour la patrie », c’est une bonne disposition d’esprit et une déclaration de disponibilité pour la cause du peuple, même si dans certains cas, il est adossé à un tas de calculs pas si généreux que çà! C’est pourquoi je lui préfère la puissante formule du « suicide de classe » de l’intellectuel décidant de rallier la cause de la classe ouvrière et des masses opprimées, élaborée par  le médecin psychiatre Frantz Fanon, plus aise à éprouver tout le long d’une vie militante.

Par ailleurs, qui peut raisonnablement être impressionné par l’accueil fabriqué de l’ex-président Macky Sall à l’aéroport de Yoff puis au Palais de la République ? Il cherche visiblement à corriger une anomalie, « un mal-départ ! » « Monsieur Macky Sall peut évidemment aller voir ailleurs, notamment du côté de ses multiples réseaux et lobbies de la France-Afrique ou d’ailleurs, pour la promotion de sa candidature » (CF ma contribution parue dans Yoor-Yoor du 20-04-2026). Prendre garde de sa part de ne pas oublier que ce n’est pas la voix de son ami Macron qui oriente la direction du vent lors de la prise de décisions au sein du Conseil de Sécurité de ce « machin » qu’est l’ONU !

Evènement pour évènement, un nouveau pari politique vient de naitre au Sénégal. Nous lui souhaitons bon vent ! Il a été déclaré publiquement que ce parti aurait déjà enrôlé dans ses rangs 346   M aires et plus de 400 organisations à travers le pays   et la diaspora ! L‘on peut légitimement se demander de quel bord du navire s’était situé l’essentiel de ces vaillants ralliés lors des élections municipales de 2022, présidentielles et législatives de 2024 !

« L’exception démocratique sénégalaise » est souvent agitée par-ci pat là sur le continent et ailleurs, en voici certainement une, ressemblant fort à une forme d’« anomalie démocratique »: une majorité plus que qualifiée, se scinde en deux pôles une fois au pouvoir, le pôle législatif et le pôle exécutif, avec une opposition milliardaire éclatée, sans idée ni ligne directrice, une sorte de melting pot ou de « graines tout-venant » comme diraient nos agriculteurs, mais une opposition milliardaire, bénéficiant du soutien de larges segments de la presse.

Travailler ensemble, collectivement et solidairement, constitue le chemin le plus sûr et le plus court pour atteindre les objectifs de l’Agenda de transformation Sénégal, Vision 2050.Mais un tel ELAN nouveau exige une foi, une mobilisation, une organisation démocratique et révolutionnaire, une fidélité aux justes engagement pris devant le peuple, une formation éprouvée, un travail rude, long, patient et plein d’embuches en tant que socles solides de combats communs, toujours renouvelés et actualisés. En sont certainement capables les vrais Sisyphe, ceux et celles -là aptes et déterminés à recommencer à gravir avec lucidité le sommet de la montagne. Pour les autres, je ne peux jurer de rien.

Les démissions surtout de jeunes militants, même amplifiées quelque part par certains médias, constituent des indices de malaise voire de crise, à ne pas négliger Au même moment, l’achat massif de cartes de membres de Pastef, partout dans le pays et la diaspora, représente un baromètre

fiable de vitalité et de confiance renouvelée.

Voie parlementaire ou referendum, ci niimbaaci naa, couplage et report des élections ou pas, la réforme profonde de la Constitution senghorienne de 1963 reste un impératif incontournable sur la voie de la rupture d’avec le système vermoulu : quel que soit le scénario, il appartient au peuple libre et souverain de trancher : Wërwërloo beek wiiri wiiri bi, du ko teree jaari ndaari !

Fait à Dakar le 29 juillet 2026

Madieye MBODJ, Vice-Président de Pastef-Les Patriotes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *