Par Mamadou Sèye
Il y a des jours où l’on se réveille en se disant qu’on va faire attention à sa santé. On se promet de manger sain, d’éviter les excès, de marcher un peu, de respirer profondément. Puis on ouvre Internet. Et là, camarade… tout s’écroule. La bonne volonté tombe malade avant nous. On découvre qu’un aliment célébré hier comme une bénédiction est devenu aujourd’hui un poison certifié. On nous dit que le lait tue, que le café sauve, puis le lendemain que le café tue et que le lait ressuscite. On nous explique que le sucre est une menace, le sel une trahison, le gras une déclaration de guerre, mais qu’il faut « simplement être modéré ». Comme si nous étions des athlètes olympiques en paix avec toutes leurs hormones.
La vérité, c’est que tout le monde est devenu médecin du dimanche, nutritionniste du soir et cardiologue improvisé dès qu’un influenceur poste une vidéo de 20 secondes. Il y a même des gens qui diagnostiquent l’état de leur foie grâce à une vidéo TikTok floue avec une musique de fond agressive. Nous sommes une génération qui écoute plus Internet que son propre corps. Une petite douleur dans l’épaule, et nous voilà convaincus qu’on souffre d’une maladie rarissime observée pour la dernière fois sous Napoléon. Rires.
Mais les plus drôles, camarade, ce sont ceux qui vivent dans la tranquillité alimentaire totale. Le médecin leur dit : « Mangez léger. » Ils répondent : « Léger comme un bon thiébou dieune rouge avec un morceau de poisson bien dodu ? » Et ça, camarade, c’est déjà léger pour eux. Le thiébou dieune est sacré : pas de yapp dedans, jamais. Ceux qui osent mélanger doivent être convoqués devant le tribunal gastronomique de Saint-Louis. Ils mangent ce qui passe, ce qui reste, ce qui fume dans la marmite ou grille dans la poêle. Eux, ils sont en paix. Ils ont renoncé à la guerre contre les calories.
Pendant que certains se battent avec des salades déprimées comme un lundi matin, eux mangent ce que leur cœur décide, pas ce que Google autorise. Ils ont compris que la vie n’est pas un parcours d’obstacles nutritionnels inventé par des chercheurs qui publient une étude aujourd’hui pour la contredire demain. Ils vivent libres. Ils mangent libres. Et parfois, on se dit qu’ils ont tout compris. Rires.
Au fond, camarade, la santé est devenue un championnat du monde d’angoisse. On court après les recommandations, on saute par-dessus les interdits, on boxe avec les contradictions. Et chacun finit par adopter sa propre philosophie. Ceux qui surveillent tout deviennent nerveux, ceux qui ne surveillent rien deviennent joyeux. La vraie question demeure : qui est réellement le malade ? Celui qui mange trop… ou celui qui pense trop ?