Quelle honte !

Par Mamadou Sèye

Une passation de service est, par essence, un moment de sobriété, de courtoisie républicaine et de respect mutuel. C’est un instant où les femmes et les hommes de l’Etat sont censés donner l’exemple, au-delà des appartenances politiques et des divergences personnelles.

C’est pourquoi le dérapage verbal attribué au ministre Alpha Thiam, lançant un tonitruant « Madame, taisez-vous ! », choque d’autant plus qu’il intervient dans un contexte qui appelait au contraire à la retenue et à l’élégance.

Personne n’ignore que la vie politique est faite de passions. Personne n’exige des responsables publics qu’ils soient dépourvus d’émotions. Mais lorsqu’on exerce de hautes fonctions, la maîtrise de soi n’est pas une option : elle fait partie de la fonction.

Ce regrettable épisode vient renforcer une image déjà bien installée dans l’opinion. Alpha Thiam s’était auparavant illustré dans une vaste campagne de peinture murale à travers le pays, une activité qui avait suscité autant d’interrogations que de commentaires. Aujourd’hui encore, cette nouvelle séquence donne l’impression d’un responsable constamment dans l’excès, davantage porté sur l’agitation que sur la sérénité que commande l’exercice du pouvoir.

Le problème n’est pas seulement une phrase malheureuse. Le problème est le signal envoyé aux citoyens. Comment exiger du Sénégalais ordinaire qu’il respecte son interlocuteur lorsque ceux qui incarnent l’autorité publique peinent parfois à maîtriser leur langage dans des circonstances officielles ?

L’action publique a besoin de rigueur, de calme et de hauteur. Elle n’a rien à gagner dans les éclats de voix, les invectives ou les démonstrations d’humeur.

Les fonctions ministérielles imposent une discipline particulière. Elles exigent de savoir garder son sang-froid même lorsque l’on est contrarié, même lorsque l’on estime avoir raison.

Car au final, ce ne sont pas les cris qui grandissent les hommes d’Etat. Ce sont la maîtrise de soi, la retenue et le respect des autres.

Et sur ce terrain, la scène observée lors de cette passation de service laisse un goût amer.

Quelle honte !

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