Par Mamadou Sèye
Il fut un temps où la parole d’Alioune Tine était attendue avec intérêt parce qu’elle se situait au-dessus des contingences partisanes. Son regard de membre de la société civile apportait une lecture indépendante des événements politiques.
Mais à force de vouloir commenter chaque décision, chaque nomination et chaque réaménagement institutionnel, le risque est grand de banaliser sa propre parole.
Après les élections législatives, Alioune Tine expliquait qu’Ousmane Sonko devait présider l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, après son départ de la Primature, le même Alioune Tine estime que Sonko ne gagnerait rien à rejoindre cette même institution, au motif qu’El Malick Ndiaye en assure correctement la gestion.
Chacun est naturellement libre de ses analyses. Mais une question mérite d’être posée : depuis quand la structuration interne d’un parti politique relève-t-elle des prérogatives de la société civile ?
Le PASTEF est une organisation politique autonome. Ses militants, ses dirigeants et ses instances sont les seuls habilités à déterminer la place qu’y occupe Ousmane Sonko, son président et principal leader. Que celui-ci choisisse de rester en dehors de l’Assemblée nationale, d’y siéger ou d’y exercer des responsabilités relève d’un arbitrage interne qui ne dépend ni des souhaits ni des préférences d’observateurs extérieurs.
A entendre certains commentaires, on a parfois l’impression que le débat politique sénégalais tourne exclusivement autour de Sonko. Même lorsqu’il n’est plus Premier ministre, même lorsqu’il n’occupe pas une fonction gouvernementale, son positionnement continue d’alimenter analyses, conseils et recommandations.
Pourtant, il existe un Président de la République, un gouvernement, une Assemblée nationale et de nombreux défis économiques et sociaux qui mériteraient tout autant l’attention des acteurs de la société civile.
Alioune Tine a évidemment le droit de s’exprimer. Mais à vouloir tweeter sur tout, commenter tout et conseiller tout le monde, il prend le risque de voir sa parole perdre progressivement ce qui faisait sa force : sa rareté, sa distance et son autorité morale.
Au final, Ousmane Sonko n’a nul besoin d’une validation extérieure pour définir sa trajectoire politique. Et le PASTEF n’a pas besoin d’un tuteur pour organiser son fonctionnement interne. Les militants de ce parti ont démontré à plusieurs reprises qu’ils savaient prendre leurs décisions eux-mêmes et assumer leurs choix devant le peuple sénégalais.
La société civile est plus forte si elle reste dans son rôle. Quant aux partis politiques, ils demeurent souverains dans leur organisation. Confondre les deux registres ne contribue ni à l’enrichissement du débat démocratique ni au renforcement des institutions.