Sonko ou les urnes : il est temps de sortir du déni

Par Mamadou Sèye

Le Conseil constitutionnel vient de parler.

En se déclarant incompétent pour connaître du recours introduit contre la réintégration d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale et son élection à sa présidence, la haute juridiction a fermé une porte sur laquelle certains avaient placé beaucoup d’espoirs.

Au-delà de l’aspect juridique, cette décision révèle surtout un phénomène politique plus profond : l’incapacité persistante d’une partie de l’opposition à accepter la réalité du rapport de forces issu des urnes.

Depuis plusieurs années, une obsession semble guider certains acteurs politiques : trouver le moyen d’écarter Sonko du jeu politique autrement que par la confrontation démocratique.

On a connu les batailles judiciaires.

On a connu les débats sur son éligibilité.

On a connu les controverses administratives.

Aujourd’hui, une nouvelle tentative vient de se heurter à une limite institutionnelle.

Le problème est que la politique ne se réduit pas à une succession de procédures.

A un moment donné, il faut regarder la réalité en face.

Cette réalité est simple : Ousmane Sonko demeure, qu’on l’apprécie ou non, l’une des principales forces politiques du Sénégal.

Aucun recours, aucune interprétation hasardeuse, aucun scénario juridique ne peut effacer ce fait politique fondamental.

L’erreur de ses adversaires est peut-être là. Ils consacrent parfois davantage d’énergie à chercher pourquoi Sonko ne devrait pas être candidat qu’à construire une offre politique capable de le battre devant les électeurs.

Or, dans une démocratie, la légitimité se conquiert dans les urnes.

Pas dans les fantasmes.

Pas dans les spéculations.

Pas dans les raccourcis institutionnels.

Dans les urnes.

Il est d’ailleurs frappant de voir certains continuer à soutenir que la présidence de l’Assemblée nationale constituerait une sorte de verrou empêchant toute candidature présidentielle future.

Cette thèse relève davantage du souhait que de l’analyse.

Elle traduit surtout une difficulté à accepter que Sonko demeure un acteur central de la vie politique nationale.

Comme si l’idée même de devoir l’affronter électoralement suscitait une inquiétude difficile à masquer.

Or la démocratie exige du courage : le courage de proposer un projet, de convaincre les citoyens et d’accepter leur verdict.

La décision du Conseil constitutionnel devrait donc être l’occasion d’un retour au réel.

Le temps des batailles procédurales a montré ses limites.

Pendant que certains cherchent encore des voies de contournement, les Sénégalais attendent autre chose : des idées, des programmes, des solutions et une vision.

Car la véritable question n’est pas de savoir comment empêcher Sonko d’être candidat.

La véritable question est de savoir qui est capable de le battre dans les urnes.

C’est cela la démocratie.

Le reste ressemble souvent à une manifestation de peur politique.

Et lorsqu’une peur devient obsessionnelle, elle finit presque toujours par affaiblir ceux qui la nourrissent davantage que celui qu’ils combattent.

Que l’on soutienne ou que l’on combatte Ousmane Sonko, une conclusion s’impose désormais :

Son avenir politique ne sera pas décidé dans les prétoires, ni dans les spéculations, ni dans les fantasmes.

Il sera décidé là où se décident les grandes questions démocratiques : dans les urnes.

Et uniquement dans les urnes.

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