Macky Sall ou l’art de travestir le réel

Par Mamadou Sèye

L’entretien de Macky Sall avec Aziz Rok, présenté comme un moment de vérité, s’est révélé être un exercice d’autojustification, une tentative d’ériger en certitudes ce qui n’est que discours. L’ancien Président s’y est campé dans un rôle de sage qui viendrait éclairer la Nation, mais ce rôle n’a pas tenu à l’épreuve de la contradiction. Car les vérités qu’il énonce ne résistent pas à la lumière des faits.

Lorsqu’il affirme avec aplomb qu’une dette publique ne peut, par définition, être dissimulée, il ne fait qu’enrober dans une formule sentencieuse une croyance personnelle érigée en dogme. La réplique a été immédiate et cinglante. Le ministre de l’économie a rappelé que des paiements directs à l’étranger peuvent ne pas transiter par la banque centrale et que des décaissements omis volontairement dans les déficits rapportés ne sont pas inscrits dans la dette comptabilisée. Autrement dit, les omissions existent, les manipulations existent, les maquillages existent, et c’est précisément ce que le discours trop assuré de l’ancien Président tente d’effacer. Là où il veut nous imposer une vérité mathématique, la pratique démontre l’existence d’un écart, parfois abyssal, entre la règle et son application.

Cette contradiction résume l’ensemble de l’entretien : une rhétorique qui se veut magistrale mais qui s’effondre au premier test concret. Macky Sall use de phrases définitives pour convaincre, mais celles-ci se révèlent incapables de soutenir le poids de la réalité. Dire que l’islam sénégalais aurait été menacé par un rigorisme importé sans jamais indiquer les mesures prises pour contrer cette menace relève de la même mécanique : proclamer sans démontrer, poser des constats sans jamais livrer les preuves. Tout n’est que surface brillante, sans profondeur.

C’est que Macky Sall continue, après son départ du pouvoir, de jouer la même partition : occuper l’espace, imposer une parole saturante, façonner un récit où il est toujours au centre. Il ne s’agit pas seulement d’un entretien médiatique ; il s’agit d’une stratégie. En se rendant à Paris puis à New York, s’invitant à ses propres frais dans les espaces diplomatiques où se trouve le Président Diomaye Faye, il ne fait pas preuve d’élégance républicaine. Il cherche à brouiller les signaux, à parasiter les images, à rappeler sa silhouette dans un décor où il n’a plus de rôle. Ce n’est pas un hasard, mais la poursuite d’un plan : donner le sentiment d’une légitimité encore active, d’un statut toujours en jeu, quand bien même le peuple a tourné la page.

Tout se passe comme si la stratégie de déstabilisation avait connu un coup d’accélérateur. D’un côté, un discours qui nie les évidences comptables en décrétant l’impossibilité de toute dette cachée. De l’autre, une mise en scène internationale où l’ancien Président tente de hanter les marges du pouvoir actuel. L’entretien avec Aziz Rok, loin d’être une confession, s’inscrit dans ce dispositif : saturer l’espace par une parole qui veut dicter la vérité et occulter les fissures de son propre héritage.

Or, ce qui finit par transparaître, c’est l’inverse. Chaque formule définitive révèle ses propres failles. Chaque certitude énoncée appelle une contradiction plus solide. Macky Sall croyait livrer une leçon ; il n’a fait que mettre en évidence l’écart entre sa parole et la réalité. Dans ce jeu d’apparences, le rideau tombe, et l’ancien Président apparaît pour ce qu’il est désormais : un acteur qui tente de rejouer la pièce, mais dont le texte n’a plus la force d’hier.


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