Macky Sall et le mirage onusien

Par Mamadou Sèye

Depuis quelque temps, l’ancien président Macky Sall laisse flotter l’idée d’une éventuelle candidature à la tête des Nations unies. Cette suggestion, parfois chuchotée dans les coulisses, parfois entretenue dans ses propres sorties, ne résiste pourtant pas à l’examen sérieux. Ce projet n’est rien d’autre qu’une vue de l’esprit, un mirage destiné à donner l’image d’un homme encore en lice alors que toutes les données du réel disent le contraire.

La fonction de secrétaire général de l’ONU ne se conquiert pas à la faveur de discours ou d’apparitions médiatiques. Elle répond à des équilibres géopolitiques complexes, à des compromis entre grandes puissances, et surtout à un principe fondamental : la candidature doit nécessairement être portée par l’Etat d’origine. Sans le parrainage officiel du Sénégal, la perspective d’une candidature Macky Sall s’effondre d’elle-même. Et c’est là que l’illusion devient flagrante : peut-on un seul instant imaginer que les nouvelles autorités sénégalaises, en pleine reddition des comptes, se mettraient à hisser l’ancien Président vers ce poste prestigieux ? Ce serait un contresens politique et une gifle au peuple sénégalais qui, au prix de luttes et de sacrifices, a refermé la page de son règne.

Au-delà de cette impossibilité institutionnelle, les critères implicites de choix achèvent de disqualifier l’ancien Président. Le poids du pays d’origine, l’image personnelle et le bilan de gouvernance sont des paramètres décisifs. Or, à ces trois niveaux, Macky Sall accumule les handicaps. Le Sénégal, acteur reconnu en diplomatie mais pas puissance incontournable, ne saurait imposer un candidat affaibli. L’image personnelle de Macky Sall reste ternie par la répression politique, les emprisonnements arbitraires, la dette opaque et la fracture sociale qu’a laissés son régime. Et le bilan intérieur est marqué par une démocratie fissurée, une économie plombée par l’endettement et une société divisée. Comment espérer incarner les valeurs universelles de l’ONU quand, chez soi, on laisse derrière soi un héritage aussi controversé ?

Il y a, dans cette posture de Macky Sall, une constante : occuper la scène même après la sortie du pouvoir, saturer l’espace, donner l’illusion d’un destin international. Sa présence insistante à Paris puis à New York aux côtés du Président Diomaye Faye procède du même réflexe : rappeler sa silhouette, brouiller les signaux, parasiter les images. Mais dans le cas de l’ONU, la stratégie se heurte à un mur. Car les Nations unies ne fonctionnent pas au rythme des ambitions personnelles : elles exigent une crédibilité diplomatique, une légitimité politique et surtout le soutien explicite de l’Etat concerné.

Parler d’une candidature de Macky Sall au secrétariat général de l’ONU, c’est donc agiter une chimère. Son cycle politique est achevé, son crédit international épuisé, et son pays n’a aucune raison, encore moins aujourd’hui, de porter une telle aventure. Ce qui est présenté comme une ambition planétaire n’est en réalité qu’un artifice rhétorique : une manière de continuer à exister dans un jeu dont il n’a plus les cartes.

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