Par Mamadou Sèye
La sortie médiatique de la ministre de la Pêche, Amy Mara Dièye, restera sans doute comme l’un des moments les plus embarrassants des débuts du nouveau gouvernement. En quelques heures, les images de ses difficultés à s’exprimer en français ont fait le tour des réseaux sociaux, des médias et des plateformes numériques. Le sujet est devenu national.
Le débat ne porte pas sur la valeur intrinsèque de la ministre, encore moins sur le mépris des langues nationales, qui constituent une richesse du Sénégal. Mais une réalité s’impose : le français demeure la langue officielle de travail de l’Etat. Lorsqu’un ministre de la République ne parvient pas à communiquer avec aisance dans cette langue devant les caméras, c’est l’image de tout le gouvernement qui est atteinte, bien au-delà de sa personne.
Si cet épisode a provoqué un tel choc dans l’opinion, c’est parce qu’il ne survient pas dans un contexte ordinaire.
Ce gouvernement est né dans des conditions inédites. Sa formation a nécessité de longues tractations. Plusieurs personnalités sollicitées ont refusé d’y participer. Plus significatif encore, les ministres appartenant à PASTEF ont décliné l’offre de rester au gouvernement, conformément à la décision annoncée publiquement par Ousmane Sonko. Dès son installation, le nouvel exécutif se retrouvait privé de la principale force politique qui avait porté l’alternance.
Depuis lors, les difficultés s’accumulent. Au lieu d’imposer son agenda, le gouvernement donne le sentiment de courir derrière les événements. Les polémiques prennent souvent le pas sur l’action publique, tandis que la Déclaration de politique générale du Premier ministre, qui devrait fixer les priorités et donner une direction au pays, se fait toujours attendre.
La séquence impliquant la ministre de la Pêche n’est donc pas un simple fait divers politique. Elle agit comme un révélateur. Elle met en lumière une interrogation plus profonde sur les critères qui ont présidé à la formation de cette équipe gouvernementale et sur sa capacité à répondre aux immenses attentes des Sénégalais.
En politique, les premières impressions sont souvent décisives. Elles forgent une réputation qu’il est ensuite difficile de corriger. Le nouveau gouvernement dispose peut-être encore du temps nécessaire pour convaincre. Mais il lui faudra désormais démontrer, par les actes, que les doutes suscités par ses débuts ne constituent pas son identité.