Le rendez-vous manqué des prophètes du chaos

Par Mamadou Sèye

Ils avaient promis la rue. Ils avaient annoncé une démonstration de force. Certains avaient même tenté de présenter la séance plénière consacrée à la révision constitutionnelle comme le théâtre d’une confrontation décisive entre le pouvoir et une opposition déterminée à empêcher, par tous les moyens, la tenue des travaux de l’Assemblée nationale.

Les plus alarmistes en étaient même arrivés à réclamer l’usage de la force publique, comme si le Sénégal se trouvait au bord d’une crise institutionnelle majeure.

A l’arrivée, le contraste est saisissant.

Au moment où les députés débattent du projet de révision constitutionnelle, le pays vit normalement. Les citoyens vaquent à leurs occupations, les marchés fonctionnent, les administrations tournent, les institutions remplissent leur mission. Le gouvernement est représenté devant la représentation nationale par les ministres de la Justice et de la Communication, conformément aux exigences de notre ordre constitutionnel.

Et la mobilisation annoncée ?

Elle n’a tout simplement pas eu lieu. Aucune démonstration populaire. Aucune figure emblématique de l’opposition. Quelques personnes seulement, loin des foules annoncées et des scénarios catastrophistes entretenus depuis plusieurs jours.

Cette réalité mérite d’être méditée. Les réseaux sociaux peuvent amplifier des discours, mais ils ne remplacent ni une implantation populaire ni une capacité réelle de mobilisation. On ne décrète pas une crise institutionnelle. On ne fabrique pas un soulèvement à coups de communiqués ou de publications virales. Une crise se mesure à l’adhésion qu’elle suscite dans le pays. Or, cette adhésion fait manifestement défaut.

Le seul incident notable de cette séance n’a d’ailleurs pas porté sur le fond de la réforme, mais sur un point de procédure. Après avoir épuisé son temps de parole, un député a refusé de quitter le pupitre. Des députés de la majorité se sont alors avancés pour l’en convaincre. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, est immédiatement intervenu pour les rappeler à l’ordre, affirmant avec fermeté que la police de l’audience relevait exclusivement de son autorité. Les gendarmes ont ensuite procédé à l’application de cette décision, permettant aux travaux de reprendre normalement.

Cet épisode, qui alimentera sans doute les commentaires et les séquences sur les réseaux sociaux, n’aura finalement pas perturbé le fonctionnement de l’institution. L’Assemblée a poursuivi ses travaux conformément à son règlement, démontrant qu’une démocratie mature dispose toujours des mécanismes nécessaires pour surmonter les incidents de séance.

Le processus suit désormais son cours normal. Les députés se prononceront par le vote. Le texte sera ensuite transmis au Président de la République, qui exercera les prérogatives que lui confère la Constitution quant à la suite de la procédure, notamment sur l’opportunité d’un référendum.

C’est cela, l’Etat de droit. Ni plus, ni moins.

Ceux qui avaient parié sur le désordre devront tirer les leçons de cette journée. A force d’annoncer l’effondrement des institutions, ils finissent par se heurter à une réalité beaucoup plus simple : la République continue de fonctionner, les institutions tiennent et les procédures sont respectées.

Le verdict de cette journée est clair. Les prophètes du chaos avaient annoncé une crise. Le Sénégal leur a répondu par la sérénité de ses institutions. Et c’est peut-être là le fait politique le plus marquant de cette séquence.

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