L’illusion des ombres : quand la prétention supplante l’existence

Par Mamadou Sèye
Ils crient pour exister, gesticulent pour se convaincre d’être, appellent à la démission pour tenter d’avoir un nom. Ces individus et pseudo-structures n’exigent pas : ils quémandent un regard, un écho, un frisson. Mais leur vacarme est celui des illusions. Voici un essai philosophique sur l’absurde prétention des insignifiants à convoquer l’histoire.


A force d’observer les remous de la scène politique, une évidence saute aux yeux : certains ne parlent que pour qu’on les entende, non parce qu’ils ont quelque chose à dire. Ils surgissent à intervalles réguliers, enveloppés de leur propre vacuité, pour réclamer — de manière dramatique — la démission d’un homme dont la seule présence les écrase. Ce qu’ils cherchent, ce n’est pas la chute de Sonko, mais leur propre élévation dans l’ombre de ce qu’il incarne. Leur stratégie est aussi vieille que vaine : exister par opposition, même sans substance.

Ces individus et entités informes, souvent affublés de noms ronflants ou de sigles fabriqués sur une table basse entre deux cafés tièdes, ne sont que des simulacres. Ils s’enveloppent de sérieux, d’indignation feinte, de posture civique… mais ce sont les courtisans du néant. Le philosophe dirait : ce sont des “étants sans être”. Ils avancent masqués, mais les masques eux-mêmes ne savent pas pourquoi ils existent.

Leur prétention est d’autant plus ridicule qu’elle repose sur un fantasme d’importance. Ils s’imaginent parties prenantes du débat, alors qu’ils n’en sont que les parasites. Ils croient dicter des normes, alors qu’ils ne peuvent même pas formuler une pensée autonome. Leur seule utilité, s’il fallait leur en reconnaître une, est d’être les repoussoirs d’un peuple en éveil. En cela, ils nous rendent service malgré eux : en incarnant le ridicule, ils accentuent le sérieux de la tâche historique que porte Sonko.

Rappelons-le : l’histoire n’écoute pas les clowns. Elle ne s’émeut pas des gesticulations d’un quarteron d’opportunistes cherchant à faire croire qu’ils sont la voix du peuple, alors qu’ils ne sont que l’écho d’un vieux système moribond. Leur vacarme n’est pas bruit de fond, mais fond du bruit : creux, vain, pathétique. Ils n’ont pas de racines dans le réel, pas de légitimité populaire, pas d’ancrage moral. Ils ne sont que prétention.

Et pourtant, ils persistent. Parce que l’illusion est douce, parce qu’ils croient que parler de Sonko, même en mal, c’est encore graviter dans son orbite. Mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que l’astre n’a pas besoin de répondre aux lucioles. Il suffit d’exister pour les réduire au silence.

Alors oui, rions. Rions de ces appels à la démission, qui ne sont que des appels à l’attention. Rions de ces entités éphémères qui espèrent que leur vacuité deviendra un jour pouvoir. Rions, mais gardons en mémoire que toute illusion nourrie trop longtemps peut finir par se prendre au sérieux. Il faut donc, de temps à autre, rappeler les choses telles qu’elles sont : on ne demande pas à l’histoire de démissionner. On la subit, on l’accompagne ou on disparaît sous son rouleau compresseur.

Et Sonko, lui, est en train d’écrire cette histoire. Les autres ? Ils remplissent les marges… en attendant d’être effacés.

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