Détente-Les oracles du vide

Quand l’agitation médiatique tient lieu d’existence politique

Par Mamadou Sèye

Ils n’ont ni parti, ni base sociale identifiable, ni capacité de mobilisation démontrée. Personne ne les élit, personne ne les mandate, personne ne les suit véritablement. Pourtant, ils se vivent comme des acteurs majeurs du débat national.

A chaque actualité, ils surgissent. Un remaniement, une réforme, une décision de justice, une question constitutionnelle : ils ont toujours un avis, souvent définitif, parfois péremptoire.

Le plus amusant est qu’ils semblent convaincus que quelque part, dans les allées du pouvoir, quelqu’un attend fébrilement leur prochaine déclaration. Ils vivent dans l’espoir d’un appel providentiel, d’une consultation présidentielle ou d’une mission nationale qui viendrait enfin consacrer l’importance qu’ils s’attribuent eux-mêmes.

Alors ils parlent. Beaucoup.

Ils publient des communiqués, signent des tribunes, occupent les plateaux de télévision et commentent tout ce qui bouge. A les entendre, le pays serait suspendu à leurs analyses.

La réalité est pourtant beaucoup moins flatteuse.

Très peu de Sénégalais connaissent leurs noms. Encore moins seraient capables de citer une seule de leurs propositions. Quant à leur capacité de mobilisation, elle relève davantage de la fiction que de la réalité.

Le problème n’est pas qu’ils s’expriment. Dans une démocratie, chacun a le droit à la parole. Le problème est qu’ils confondent visibilité médiatique et influence sociale.

Or la société ne fonctionne pas ainsi.

On ne devient pas représentatif parce qu’on passe à la télévision. On ne devient pas incontournable parce qu’on signe des communiqués. On ne devient pas une force politique parce qu’on se proclame conscience de la Nation.

Le plus cocasse est sans doute leur prétention à parler au nom de la société civile.

La véritable société civile organise, mobilise, agit et produit des résultats. Elle existe sur le terrain avant d’exister dans les médias.

Eux évoluent souvent dans un univers parallèle où la répétition tient lieu de légitimité et où l’exposition médiatique remplace l’ancrage populaire.

Pendant ce temps, le pays réel travaille, produit, entreprend, étudie et affronte les défis du quotidien sans prêter une attention particulière à leurs prises de position.

Et c’est là tout le drame.

Ils continuent de se croire au centre du jeu alors qu’ils en occupent les marges. Ils pensent influencer les événements quand ils ne font souvent que les commenter. Ils s’imaginent éclairer l’opinion alors que celle-ci les écoute de moins en moins.

Le plus cruel est que personne ne cherche véritablement à les combattre.

Les populations ont trouvé une méthode bien plus efficace : elles les ignorent.

Or, en politique comme dans la vie, il n’existe pas de sanction plus sévère que l’indifférence.

Car l’indifférence est le cimetière où viennent mourir les ambitions démesurées et les prétentions sans fondement.

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