Par Mamadou Sèye
Le communiqué publié par le ministère de la Famille à propos des attaques visant la ministre des Sports, Clothilde Coly, soulève une question qui dépasse largement le cas de cette dernière : jusqu’où l’Etat doit-il descendre dans l’arène des réseaux sociaux ?
Soyons clairs. Les injures, les menaces et le harcèlement n’ont pas leur place dans le débat public. Lorsqu’une infraction est commise, les lois existent et les juridictions sont là pour les faire appliquer. Sur ce point, il n’y a aucune discussion.
Mais le communiqué du ministère révèle une tendance beaucoup plus préoccupante : celle qui consiste à transformer toute critique virulente, toute moquerie ou toute appréciation négative en affaire d’Etat.
Dans une démocratie, les citoyens ont le droit de trouver un ministre compétent ou incompétent, convaincant ou décevant, charismatique ou non. Ils ont même le droit d’exprimer ces opinions avec ironie, sarcasme ou dérision, dès lors qu’ils restent dans les limites fixées par la loi.
Or, à lire le communiqué, on a l’impression que le ministère entend placer sous la même bannière les injures, le cyberharcèlement, les critiques, les moqueries et les commentaires désobligeants. Cette confusion est dangereuse.
La mission d’un ministère n’est pas de surveiller les états d’âme des réseaux sociaux.
Un ministère est jugé sur ses politiques publiques, ses résultats et sa capacité à résoudre des problèmes concrets. Lorsqu’il commence à consacrer son énergie à répondre aux commentaires des internautes, il prend le risque de donner le sentiment que la communication a remplacé l’action.
Car enfin, combien de milliers de commentaires sont publiés chaque jour sur les réseaux sociaux sénégalais ? Faudra-t-il désormais un communiqué ministériel chaque fois qu’une personnalité publique est moquée, caricaturée ou critiquée ?
A ce rythme, l’administration n’aura bientôt plus le temps de gouverner.
Plus troublant encore, le communiqué semble suggérer une mobilisation des autorités contre des propos dont la nature exacte n’est pas clairement définie. S’agit-il d’injures ? De menaces ? De diffamation ? Ou simplement de commentaires désobligeants ?
Dans un Etat de droit, la qualification juridique ne peut être remplacée par l’émotion ou l’indignation.
Une démocratie mature accepte que les responsables publics soient exposés à la critique, parfois rude, parfois injuste, parfois excessive. C’est le prix de la visibilité et de l’exercice du pouvoir.
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si les insultes sont condamnables. Elles le sont.
Le véritable enjeu est de savoir si les institutions doivent se transformer en gardiennes de la réputation des gouvernants.
Car lorsqu’un ministère répond aux réseaux sociaux comme s’il répondait à une crise nationale, il envoie involontairement un message inquiétant : celui d’un pouvoir davantage préoccupé par ce qui se dit sur lui que par ce qu’il accomplit.
Et c’est précisément à ce moment-là que commence le véritable problème.